L’Inde retarde Starlink malgré des infrastructures déjà prêtes

Elon Musk accuse des intérêts puissants de freiner Starlink en Inde. New Delhi réplique, et le dossier prend une vraie tournure politique.

Starlink satellites
Image d'illustration. Starlink satellites — ADN

En bref

  • Starlink est prêt à se lancer en Inde, mais attend toujours les dernières autorisations réglementaires.
  • Elon Musk accuse des intérêts locaux, notamment Mukesh Ambani, de freiner son arrivée sur le marché.
  • New Delhi assure qu’il n’y a aucun favoritisme, tandis que Starlink continue de se développer dans les pays voisins.

Plus de cinq ans de préparation, un marché géant, des infrastructures déjà posées au sol, et toujours pas de lancement commercial. C’est ça, le vrai nœud du dossier Starlink en Inde, et c’est aussi pour ça que Elon Musk a décidé de sortir la grosse artillerie verbale.

Un marché prêt, mais toujours pas ouvert

En Inde, SpaceX ne débarque pas à l’improviste. L’entreprise tente d’y entrer depuis 2021, dans un pays qui compte plus d’un milliard d’abonnés internet. Elle a monté une équipe locale, nommé en décembre Prabhakar Jayakumar, ancien de Payoneer, pour piloter les opérations indiennes, et dit avoir déjà installé plus de 20 stations passerelles ainsi que des centaines d’antennes.

Même logique côté discours. Lors de l’India Mobile Congress à New Delhi, Lauren Dreyer, vice-présidente business operations de Starlink, a déclaré : « Nous sommes prêts à servir l’Inde ». Elle a aussi expliqué que l’entreprise voulait contribuer à l’objectif de connectivité universelle porté par Narendra Modi. Le message est limpide, on est prêts, pas eux.

Elon Musk hausse le ton et cible l’ombre d’Ambani

En fin de semaine, Elon Musk a accusé sur X des oligarques non nommés de bloquer l’arrivée de Starlink pour préserver ce qu’il décrit comme une emprise monopolistique sur le pays. Il a même parlé d’un crime contre le peuple indien, en défendant l’idée qu’un accès internet rapide et abordable pourrait toucher les zones encore mal connectées.

Et le lendemain, il est allé plus loin. Cette fois, le patron de SpaceX a directement mis en cause l’influence de Mukesh Ambani, patron de Reliance Industries, avec cette pique sur X : « Ambani est-il le vrai patron de l’Inde ? ». Cash. Et clairement pas anodin.

New Delhi oppose la procédure, pas le favoritisme

Quelques heures après les premiers messages de Musk, le ministère indien des Communications a répliqué. Selon lui, le cadre réglementaire des communications par satellite est équitable et non discriminatoire. Le gouvernement affirme aussi que Starlink et deux autres opérateurs autorisés se trouvent globalement au même stade réglementaire.

Le point clé, c’est la sécurité. D’après le ministère, les trois acteurs doivent encore passer des évaluations avant de pouvoir demander du spectre, ces fréquences radio indispensables au fonctionnement des satellites. Bref, pour New Delhi, il n’y a pas de blocage politique affiché, seulement une procédure.

Un vieux conflit sur le spectre, avec des alliés très ambigus

Le bras de fer ne date pas d’hier. Début 2022, Starlink avait déjà dû rembourser des précommandes après un rappel à l’ordre du gouvernement, qui lui reprochait d’avoir réservé ou fourni son service sans licence complète. Pas idéal pour lancer la confiance.

Mais le gros combat portait sur l’attribution du spectre satellite. Starlink voulait une allocation administrative, alors que Reliance Jio plaidait pour des enchères, une option qui aurait pu coûter plus cher à l’entreprise de Musk. L’Inde a finalement choisi l’approche voulue par Starlink. Ironie du dossier, Jio et Bharti Airtel, qui distribueront Starlink en Inde, développent aussi leurs propres offres satellitaires, l’un avec SES, l’autre via Eutelsat OneWeb. On a vu plus simple comme partenariat.

Pendant que l’Inde attend, le voisin avance

Le calendrier de lancement en Inde reste flou. Et pendant ce temps, Starlink a lancé cette semaine Starlink Mobile au Bangladesh, un service capable de connecter des téléphones classiques aux satellites. Le contraste pique un peu.

Ni Starlink, ni le ministère, ni Reliance Jio, ni Bharti Airtel n’ont réagi dans l’immédiat. Résultat, le dossier avance toujours en mode brouillard. Mais une chose est sûre, le débat a quitté le simple terrain technique.

Jordan Servan

Spécialiste Tech

Rédacteur sur Begeek.fr depuis 2014, passionné par les jeux vidéo, les séries TV et le cinéma.

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