- La demande électrique explose avec les data centers et l’IA, saturant un réseau conçu pour une croissance quasi nulle depuis des décennies.
- Les autorités américaines accélèrent les procédures de raccordement, mais sans résoudre le problème central du manque de capacité de production.
- Cette tension fait grimper les prix de l’électricité et relance les débats sur les choix énergétiques, entre énergies renouvelables, gaz et solutions techniques alternatives.
La demande électrique des centres de données doit presque tripler d’ici 2035 aux États-Unis. Et c’est bien là le nœud du problème : le réseau américain n’a pas été pensé pour l’explosion de l’IA.
Le réseau n’était pas prêt pour ce sprint
Pendant deux décennies, les gestionnaires de réseau vivaient avec une croissance de la demande proche de zéro. Là, le décor a changé d’un coup. Les centres de données poussent fort, les raccordements traînent, et même les nouvelles centrales galèrent à se brancher.
Fin 2023, les demandes de connexion pour des centrales dépassaient déjà la capacité totale du parc électrique existant. En gros, la file d’attente était devenue plus grosse que le réseau lui-même. Chez PJM, le plus grand opérateur du pays, la situation a même viré au gros bazar, au point que de grands services publics ont menacé de partir.
Washington ouvre une voie rapide, mais pas une centrale
La Federal Energy Regulatory Commission (FERC) a récemment ordonné à six grands opérateurs de réseau d’accélérer les demandes de raccordement des data centers et des autres très gros consommateurs d’électricité. Les commissaires ont validé ça à l’unanimité.
Le message est simple : ces sites doivent pouvoir se connecter au système de transmission dans des délais corrects et de manière ordonnée. Les coûts de raccordement, eux, resteront à la charge des data centers. Les opérateurs ont 30 jours pour dire combien de capacité de production ils ont encore en réserve, si tant est qu’il y en ait, puis 60 jours pour défendre ou revoir leurs tarifs régionaux.
Mais il y a un hic. Cette voie rapide règle la paperasse et la procédure, pas le manque de capacité de production. Résultat ? On accélère l’entrée sur une autoroute déjà saturée.
Des pistes techniques, et le retour forcé du sur-site
La FERC a aussi demandé aux opérateurs d’examiner des technologies alternatives de transmission. Aucun nom officiel n’a été listé, mais cela peut viser des transformateurs à semi-conducteurs ou des lignes supraconductrices. C’est intéressant, clairement, parce que ça ouvre une porte aux start-up du secteur réseau.
Dans le même mouvement, la commission veut que les opérateurs soient plus souples avec l’électricité produite sur site, le fameux behind-the-meter. Si vous suivez le sujet, vous savez pourquoi : faute de raccordement rapide, des développeurs et des groupes tech s’y sont déjà rabattus, souvent par désespoir, alors que c’est plus cher et plus compliqué.
Le vrai signal d’alarme, ce sont les prix et les arbitrages politiques
Même sans résoudre tous les blocages, assez de projets ont réussi à se connecter pour faire grimper les prix. Selon Bloomberg, les tarifs de gros de l’électricité ont bondi jusqu’à 267% en cinq ans dans certaines régions. Ça pique.
La FERC a été poussée à agir après les alertes du secrétaire à l’énergie Chris Wright, qui disait en octobre que ces retards menaçaient la compétitivité américaine dans l’IA. Entre-temps, l’image publique de l’IA et des data centers s’est quand même nettement dégradée.
Et pendant ce temps, l’administration Trump a annoncé mercredi qu’elle verserait 765 millions de dollars, soit environ 654 millions d’euros, à Invenergy pour annuler des concessions éoliennes offshore près de la Californie, du Maine et de New York. L’entreprise dit qu’elle utilisera cet argent pour construire des centrales à gaz dans le Midwest et des projets géothermiques dans l’Ouest. Un des projets éoliens supprimés pouvait monter jusqu’à 2,4 gigawatts, assez pour alimenter environ 1,8 million de foyers à son pic. Au total, l’administration Trump a déjà dépensé environ 2,6 milliards de dollars, soit près de 2,2 milliards d’euros, pour saborder des projets éoliens en mer. Le fast-track est là, l’électricité bon marché, beaucoup moins.