En bref
- Le film a survécu à la mort de Ledger
- Trois acteurs ont incarné Tony après le miroir
- Le geste final dépasse le simple cinéma
Un acteur change de visage en traversant un miroir. Sur le papier, c’est une idée de fantasy. Dans le cas de The Imaginarium of Doctor Parnassus, c’est aussi ce qui a permis de terminer le dernier film de Heath Ledger sans trahir ce qu’il avait déjà tourné.
Un film assez libre pour absorber l’impensable
Sorti en 2009, The Imaginarium of Doctor Parnassus suit Tony, personnage joué par Heath Ledger, qui croise la route du Docteur Parnassus, incarné par Christopher Plummer. Parnassus est un immortel à la tête d’une troupe ambulante, avec un miroir capable d’envoyer ceux qui le traversent dans des mondes façonnés par l’imagination pure.
C’est là que tout se joue. Quand Heath Ledger meurt au début de 2008, en plein tournage, il reste encore des scènes indispensables à filmer. Sur un projet plus réaliste, le film aurait très bien pu s’arrêter là. Mais l’univers conçu par Terry Gilliam avait déjà cette souplesse rare, presque élastique, où une métamorphose peut devenir crédible sans forcer.
Depp, Law et Farrell n’ont pas remplacé Ledger
Au départ, Terry Gilliam pense ne pas pouvoir finir le film. Puis il comprend que son histoire lui offre une porte de sortie, littéralement. Quand Tony passe de l’autre côté du miroir, son apparence peut changer.
Johnny Depp accepte alors d’aider à terminer la production. Sauf que son agenda ne permet pas d’assurer tout ce qu’il reste. Du coup, Jude Law et Colin Farrell, eux aussi proches de Ledger, se joignent au projet.
Le plus malin, c’est que les trois ne jouent pas un remplaçant interchangeable. Ils incarnent chacun une version différente de Tony. Johnny Depp en fait une variation plus charmeuse, Jude Law occupe une zone intermédiaire, et Colin Farrell pousse le personnage vers quelque chose de plus sombre. Le scénario a bien été retouché, mais moins qu’on pourrait l’imaginer, justement parce que Tony restait un personnage fuyant, difficile à cerner.
Un bricolage de crise devenu l’identité du film
Le vrai mérite du film est peut-être là. Il ne fait pas semblant que rien ne s’est passé. Il garde les images déjà tournées par Heath Ledger et construit autour d’elles. Résultat, sa présence n’est jamais effacée, ce qui rend l’ensemble plus touchant, et franchement plus juste.
En coulisses, la mécanique avait de quoi exploser en vol. Terry Gilliam a dû réorganiser le script, composer avec trois emplois du temps, puis filmer les nouvelles scènes sans abîmer le matériau existant. Et pourtant, le film est arrivé au bout, avec environ 53 millions d’euros (61 millions de dollars) de recettes mondiales, un score modeste mais honorable vu les circonstances. L’accueil a été plutôt positif, critiques comme public saluant la manière dont l’absence de Ledger avait été intégrée.
Il y a enfin un détail qui change tout. Comme Matilda, la fille de Heath Ledger, ne figurait pas dans son testament rédigé avant sa naissance, Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell ont renoncé à leurs cachets pour que l’argent lui revienne. Et Terry Gilliam, marqué par cet effort collectif, a remplacé au générique final « Un film de Terry Gilliam » par « Un film de Heath Ledger et ses amis ». C’est plus qu’une anecdote de tournage. C’est un cas rare où une solution de secours a fini par définir l’âme même du film.