En bref
- Disney a vidé Artemis Fowl de son idée centrale
- Le film accumule le lore sans vraie clarté
- Six ans après, l’échec reste difficile à défendre
On attendait une grande franchise fantasy pour ados. Six ans après sa mise en ligne sur Disney+, Artemis Fowl reste surtout l’exemple d’une adaptation qui a perdu, en route, ce qui faisait sa valeur.
Une adaptation qui a retiré le cœur du personnage
Dans les romans de Eoin Colfer, publiés à partir d’avril 2001, Artemis Fowl II n’était pas un héros jeunesse comme les autres. Là où beaucoup de figures du genre jouaient les enfants sages, lui était un prodige retors, héritier d’une lignée de criminels. C’était précisément le sel du personnage.
Le film de Disney, avec Ferdia Shaw dans le rôle, ne se contente pas d’adoucir cet aspect. Il le remplace par une version presque sans relief, une sorte de pseudo anti-héros dont les ancêtres consacraient en secret leur vie à collectionner des objets prouvant l’existence de créatures magiques. Ce glissement change tout. Et pas dans le bon sens.
Un univers dense, compressé jusqu’à l’étouffement
Sur le papier, il y a de la matière. Artemis II et son garde du corps Domovoi Butler, joué par Nonso Anozie, cherchent l’Aculos pour sauver Artemis I, incarné par Colin Farrell, tout en empêchant un individu magique de détruire l’humanité.
Autour, le film convoque Haven City, la fée policière Holly Short jouée par Lara McDonnell, son supérieur Julius Root interprété par Judi Dench, puis le voleur nain Mulch Diggums campé par Josh Gad. En gros, une mythologie entière. Sauf qu’elle arrive à toute vitesse, jetée scène après scène, sans laisser à l’ensemble le temps de respirer.
Résultat, le résumé paraît plus cohérent que le film lui-même. La présence d’un récit-cadre où Mulch explique laborieusement les événements à un agent non vu des services britanniques dit pas mal de choses sur le niveau de confusion.
Vingt ans de développement pour un film de 93 minutes
L’histoire industrielle n’aide pas. Avant même la publication du premier livre, les droits avaient été récupérés par Bob Weinstein et son frère Harvey Weinstein. L’adaptation a ensuite traîné pendant environ deux décennies, avant l’arrivée de Disney en 2013.
Quand le film sort finalement, en juin 2020, il ne passe même pas par les salles et atterrit directement sur Disney+. Sa durée, 93 minutes, donne l’impression d’un objet taillé à la hâte. Le récit semble raboté, comme si plusieurs versions de scénario s’étaient empilées avant un montage de dernière minute.
Même Kenneth Branagh n’a pas sauvé la mise
C’est peut-être le plus étonnant. Kenneth Branagh réalise le film, avec des scénaristes crédités dont on peine à mesurer l’empreinte exacte à l’écran. On pouvait au moins espérer une vraie tenue visuelle. Ce n’est pas le cas.
Le film paraît curieusement plat, agité par des séquences d’action brouillonnes et des cadrages parfois étranges. La tonalité, elle aussi, part dans tous les sens, entre pitreries de fantasy jeunesse et drame premier degré. Dommage, parce qu’on sent chez Branagh une envie de rendre hommage à l’Irlande, la sienne comme celle des Fowl. Il le fera bien mieux plus tard avec Belfast.
À moyen terme, le cas Artemis Fowl rappelle surtout une chose. Dans la culture des franchises, on peut simplifier un livre. Pas l’aplatir.