En bref
- Robin Williams a surpris en 2002
- Trois films ont fissuré son image publique
- Insomnia reste le contre-emploi le plus marquant
Une carrière ne bascule pas toujours avec un chef-d’œuvre. Parfois, elle change de visage en une seule année. Pour Robin Williams, 2002 a servi à ça, à casser l’image de l’acteur chaleureux, imprévisible, drôle, celui qu’on associait aussi bien à Jumanji, Mrs. Doubtfire, Hook, Dead Poets Society, Good Will Hunting qu’au Génie d’Aladdin.
Ce qu’on attendait de lui, on le connaît. Une énergie folle, une parole qui fuse, des voix, de l’impro, et presque toujours un cœur énorme au bout de la scène. Or ces trois films ont pris ce réflexe du public pour le retourner. C’est là que ça devient intéressant.
Une année à part dans une filmographie très codée
Chez Williams, même les rôles dramatiques gardaient souvent quelque chose de vif, de généreux. En 2002, cette mécanique s’enraye. Pas pour faire un simple virage « sombre » de façade, mais pour montrer qu’il pouvait retirer, tordre ou détourner ce qui faisait sa signature.
Le plus fort, c’est le contraste. On ne parle pas d’un acteur anonyme qui tente autre chose, mais d’une star que le public croyait connaître par cœur. Du coup, chaque silence, chaque regard fixe, chaque éclat de vulgarité prend plus de poids qu’avec un autre.
Quand le malaise remplace le show
Dans One Hour Photo, il joue Seymour « Sy » Parrish, employé d’un labo photo qui développe pendant des années les clichés d’une famille, avant de nourrir une obsession dérangeante pour elle. Là, presque rien de l’acteur qu’on attend. Sy est discret, seul, contenu, et le film prend son temps pour laisser monter l’idée que quelque chose cloche.
C’est d’ailleurs le choix le plus malin. Williams n’en fait jamais trop. Il retire ses tics les plus reconnaissables, jusqu’à sa façon de parler, ce qui rend le personnage encore plus troublant. On devient mal à l’aise face à quelqu’un qui semble inoffensif. Résultat ? Une performance glaçante, simplement avec une présence et un regard caméra.
À l’inverse, Death to Smoochy garde l’énergie, mais la salit. Williams y incarne Rainbow Randolph, animateur télé pour enfants viré après une affaire de pots-de-vin, puis remplacé par Sheldon Mopes, joué par Edward Norton, un candide caché sous le rhinocéros violet Smoochy. Randolph refuse de perdre sa place, son argent, sa célébrité, et part en croisade contre son successeur.
Ici, son exubérance ne sauve personne. Elle devient égoïste, vulgaire, corrompue, obsédée par la vengeance. Le film a divisé, avec des critiques parfois très dures, mais sa prestation a souvent été vue comme le meilleur élément de l’ensemble.
Insomnia, le contre-emploi le plus troublant
Et puis il y a Insomnia. Probablement le choc le plus net. Dans ce thriller de Christopher Nolan, Williams n’interprète pas seulement un personnage ambigu, il joue le méchant. Walter Finch, écrivain meurtrier en Alaska, se retrouve pris dans un jeu psychologique avec le détective Will Dormer, joué par Al Pacino, lui-même miné par ses propres problèmes.
Le film ne force jamais la menace. Finch est poli, intelligent, calme. Et c’est précisément ce calme qui fonctionne. Là où Death to Smoochy transformait son comique en poison, et où One Hour Photo effaçait presque toute trace de sa persona, Insomnia trouve un entre-deux plus subtil. Il reste du Robin Williams dans le charisme, mais ce charisme sert cette fois à attirer vers un homme qu’on sous-estimerait trop vite.
Vingt-quatre ans plus tard, ce trio dit quelque chose de plus large sur les stars très identifiées. Le public adore les cases, jusqu’au jour où un acteur les fait exploser sans bruit.