En bref
- La Docteur Fugitif revient hors télévision
- Son caractère semble déjà s’adoucir
- Les prochains récits seront décisifs
Doctor Who n’a plus de série en cours, et c’est justement maintenant que la franchise remet en avant l’une de ses idées les plus fortes de ces dix dernières années. Le problème, c’est que cette relance pourrait aussi en rogner tout ce qui la rendait passionnante.
Une idée brillante née du flou
Sous Chris Chibnall, la série avait repris un vieux motif du Docteur sans mémoire, mais en le tordant assez intelligemment. Au lieu d’utiliser la Treizième incarnation jouée par Jodie Whittaker, l’épisode Fugitive of the Judoon, dans la saison 12, révélait un tout autre visage, celui du Docteur Fugitif incarnée par Jo Martin.
Quand ce Docteur retrouve ses souvenirs et son identité, la série laisse autant le public que la version de 13 dans le brouillard. Qui est-elle, au juste, et pourquoi 13 n’a-t-elle aucun souvenir d’elle ? Résultat, un mystère solide, plus une personnalité bien plus dure que celle des incarnations modernes. Pas mal de potentiel, clairement.
Le Docteur Fugitif reviendra encore dans quatre épisodes. Et l’intérêt autour d’elle ne s’est pas arrêté là, avec des comics, des audios, puis une aventure multimédia annoncée en juillet 2025, Circuit Breaker, qui inclut aussi du jeu vidéo.
Circuit Breaker regarde surtout vers le passé
Sur le papier, BBC Studios présente Circuit Breaker comme une évolution et une étape audacieuse. Dans les faits, le synopsis raconte autre chose. UNIT, après avoir aidé le Docteur Fugitif à la suite d’une morsure de ver de mémoire, lui demande de remettre à leur place divers artefacts aliens conservés par l’organisation.
On parle d’objets liés aux Daleks, aux Sontariens ou encore aux Weeping Angels. Donc, encore une fois, la franchise pioche dans son propre musée. La tension existe bien, puisque Petronella Osgood insiste sur le fait que cette version du Docteur n’est pas comme les autres. Mais tout semble conçu pour réduire cet écart, pas pour l’explorer.
UNIT lui offre même un prototype de tournevis sonique pour la rallier. Ajoutez à ça la présence de Martha Jones, et l’ensemble regarde surtout dans le rétroviseur.
Pourquoi Doctor Who adoucit son personnage
Ce choix n’arrive pas par hasard. Après le départ de Russell T. Davies, aucun plan n’apparaît pour relancer la série avec un nouveau showrunner. Du coup, Doctor Who survit ailleurs, dans les jeux, les comics et les aventures audio.
Dans ce contexte, rendre le Docteur Fugitif plus accessible peut sembler logique. Jo Martin a d’ailleurs expliqué que le personnage connaissait un « dégel général », et qu’au fond elle relevait de la gentillesse et de l’équité. Les nouveaux récits insistent aussi sur sa remise en question, notamment face à la violence, tandis que des mémos évoquent une forme de thérapie proposée par UNIT.
Je comprends l’intention. La présence de Martha Jones permet aussi un geste vers une histoire parfois maladroite de la franchise avec ses personnages de femmes noires. Mais si le public s’est attaché à cette incarnation pour sa différence, lisser cette différence paraît assez contre-productif.
Le personnage peut encore éviter l’aplatissement
Tout n’est pas joué. Les audios Full Circuits et Short Circuits arrivent fin septembre, avec une sortie prévue le 22 septembre pour le premier et le 24 septembre pour le second.
Puis viendra The Kaleidoscope, publié par Penguin Books le 9 mars et écrit par Jo Martin. Le livre doit plonger le Docteur Fugitif dans ses souvenirs oubliés. Un extrait associé au synopsis suggère même que cette amnésie serait liée au Silence, un adversaire déjà vu à l’époque de Matt Smith.
Encore un détour par une ancienne incarnation, oui. Mais c’est peut-être aussi là que la franchise répondra enfin aux vraies questions, qui elle est, ce qu’elle est devenue, et si ce fameux adoucissement peut produire autre chose qu’une version plus sage, donc moins singulière, du Docteur.