En bref
- Les Kirby auraient dû finir au tribunal
- Jurassic Park III laisse un gros angle mort
- La saga gagne quand elle regarde la société
Le plus étrange avec la saga Jurassic, ce n’est pas qu’elle revienne sans cesse aux dinosaures en liberté. C’est qu’elle esquive souvent le moment d’après, celui où l’on rentre chez soi et où la justice, l’opinion publique et l’État reprennent la main. Et sur ce point, Jurassic Park III laisse un vide assez fascinant.
Le vrai choc de Jurassic Park III commence après le générique
Dans le film sorti il y a vingt-cinq ans, Alan Grant, incarné par Sam Neill, est attiré vers Isla Sorna par Paul et Amanda Kirby, joués par William H. Macy et Téa Leoni. Le couple lui vend un simple survol de l’île, avec à la clé un financement pour ses recherches. Sauf que non. Une fois sur place, ils admettent qu’ils cherchaient en réalité à retrouver leur fils Eric, coincé sur l’île après une virée illégale en parachute ascensionnel avec le compagnon d’Amanda.
Le gouvernement ayant refusé d’intervenir, les Kirby ont bricolé leur propre expédition, en traînant Grant dans l’histoire alors qu’il n’avait même pas l’expérience de cette île précise. L’avion est détruit, plusieurs personnages meurent, Billy, l’assistant de Grant, est grièvement blessé, puis l’armée américaine finit par intervenir grâce à l’appel passé à Ellie Sattler, interprétée par Laura Dern. Fin du film, retrouvailles, émotion, couple relancé. Bon. Et la suite ?
Des chefs d’accusation en cascade
C’est là que l’histoire devient presque plus intéressante que le film lui-même. Aller vers Isla Sorna était interdit, avec des règles strictes pour les avions comme pour les bateaux. Les Kirby ayant menti sur leur autorisation de vol, on parle déjà d’intrusion illégale.
Mais ce n’est que le début. Trois morts pendant l’expédition, Udesky, Cooper et Nash, pourraient ouvrir la voie à des accusations d’homicide involontaire. L’état de Billy renvoie à une possible mise en danger. Et surtout, il y a le cœur du problème, ils ont attiré Grant et son assistant sous un faux prétexte. En gros, on n’est pas loin d’un dossier d’enlèvement doublé d’une opération clandestine en zone interdite.
La saga est plus forte quand elle regarde la société, pas juste le parc
Ce manque dit aussi quelque chose de plus large. Les films Jurassic World, malgré leurs limites, ont au moins tenté de regarder ce que l’existence des dinosaures change dans le monde réel. Des groupes de défense apparaissent, des usages médicaux de l’ADN de dinosaure surgissent, la question des clones humains s’invite dans l’équation.
Clairement, ce worldbuilding est plus stimulant qu’une nouvelle variante du parc qui tourne mal. Les dinosaures ne sont pas seulement un décor d’action, ils déplacent le droit, la science, l’économie, la politique. C’est là que la franchise respire un peu.
Une piste tardive, mais pas sans intérêt
Imaginer aujourd’hui le procès des Kirby serait sans doute tardif pour en faire l’axe central d’un prochain film. Mais l’idée reste solide, parce qu’elle mêle responsabilité pénale, compassion pour des parents qui voulaient sauver leur enfant, et exposition médiatique massive.
Et puis il y a un sujet que la saga touche rarement de front, la façon dont le monde absorbe vraiment ses propres monstres. Pas juste sur une île. Chez nous.