En bref
- Freaked a été quasi abandonné par son studio
- Le film a raté les salles malgré un vrai soutien initial
- Le câble en a fait un classique culte
Le plus frappant avec Freaked, ce n’est pas son humour mutant ou sa galerie de monstres. C’est qu’un grand studio a misé dessus, puis a presque fait comme s’il n’existait plus. Pour un film pensé comme une comédie contre-courant, la trajectoire est assez logique, quand même.
Un film trop bizarre pour le système
Avant Freaked, Alex Winter et Tom Stern viennent de NYU, des courts-métrages et de The Idiot Box sur MTV. Leur culture, c’est l’underground, le rock et un humour absurde qui n’a rien d’une usine à vannes. Au départ, leur idée s’appelait Hideous Mutant Freekz, un projet bien plus radical, plus violent aussi, impossible à vendre aux studios.
Après une série de refus, ils revoient la copie. Le duo garde l’ADN culte, mais l’enrobe dans une comédie plus accessible, en gros du PG-13 tordu plutôt qu’un délire classé R ingérable. C’est là que Joe Roth, chez 20th Century Fox, accepte de suivre le projet. Le film raconte alors l’histoire de Ricky Coogan, ex-enfant star arrogant, transformé en monstre par le toxique Zygrot 24 après sa rencontre avec le sinistre patron de foire Elijah C. Skuggs.
Des monstres faits main, un tournage sous pression
Le budget grimpe à 12 millions de dollars, soit environ 11 millions d’euros (12 millions de dollars), une somme modeste pour Hollywood mais énorme pour eux. Cette enveloppe part vite dans les effets pratiques, et c’est le vrai visage de Freaked.
Casting bricolé avec des proches, seconds rôles solides, apparitions improbables. Randy Quaid décroche finalement le rôle de Skuggs, après que d’autres pistes comme Oliver Reed, George C. Scott ou Rip Torn aient échoué. On croise aussi Megan Ward, Bobcat Goldthwait, Brooke Shields, Morgan Fairchild, William Sadler, Mr. T et même Keanu Reeves, méconnaissable en homme-chien non crédité.
Sur le plateau, tout passe par le maquillage, les prothèses et des systèmes mécaniques parfois capricieux. Keanu Reeves passe quatre heures à se faire coller des poils un par un. Alex Winter, lui, garde parfois son maquillage plusieurs jours faute de temps pour dormir. Et puis il y a l’incident Mr. T, parti avant la fin, remplacé ensuite par des doublures et de l’ADR.
Le changement de patron qui a tout cassé
Le film avait pourtant un soutien en interne. Promotion prévue, produits dérivés, même une BD pensée pour prolonger l’univers. Puis Joe Roth est évincé de 20th Century Fox et remplacé par Peter Chernin.
Résultat ? Une projection test catastrophique le premier jour du nouveau patron, puis un couperet. Le budget de post-production est réduit, la campagne pub fond, et la sortie en salles tombe à deux écrans seulement. Au box-office, Freaked ne rapporte qu’environ 28 000 euros (30 000$). Autant dire rien.
Pourquoi Freaked a fini par survivre
Et pourtant, le film plaît à ceux qui le voient. Passage remarqué à Midnight Madness au Festival de Toronto, bonnes critiques, bouche-à-oreille immédiat. Alex Winter et Tom Stern assurent eux-mêmes une promo presque artisanale, avec une copie et une affiche qui tournent.
La vraie bascule arrive plus tard, sur le câble. C’est là que Freaked trouve enfin son public, celui qui accepte son humour oblique, ses monstres faits main et sa satire crasseuse. Les regrets restent là, surtout une bande-son rêvée avec Iggy Pop, Motörhead et les Red Hot Chili Peppers qui ne verra jamais le jour. Mais l’essentiel est ailleurs. Ce film raté par l’industrie a fini par gagner là où ça compte souvent le plus à moyen terme, dans la mémoire des spectateurs.