Clint Eastwood défend toujours son western de 1980, boudé par le public

Image d'illustration. Bronco BillyWarner Bros. /PR-ADN
Clint Eastwood reste fidèle à son western de 1980, un film qui n’a pas rencontré le succès escompté lors de sa sortie. Malgré la réaction mitigée du public, le cinéaste continue de défendre cette œuvre particulière de sa filmographie.
Tl;dr
- Clint Eastwood a souvent bousculé son image.
- « Bronco Billy » visait à contrer le cynisme ambiant.
- Le film, discret à sa sortie, reste cher à Eastwood.
Un jeu de miroirs autour de l’image d’Eastwood
Dès ses débuts à Hollywood, Clint Eastwood s’est démarqué par sa capacité à manipuler avec audace sa propre image. Loin de s’enfermer dans le rôle du cow-boy taciturne ou du policier intraitable, il n’a cessé de surprendre le public. Après avoir été révélé grâce à des films comme « Le Bon, la Brute et le Truand » ou la saga « Dirty Harry », il prend tout le monde à contre-pied en 1971. Cette année-là, il choisit non seulement d’incarner un DJ traqué dans « Play Misty for Me » – son premier passage derrière la caméra – mais aussi un soldat vulnérable dans « Les Proies ». Deux œuvres sorties avant même le mythique « Dirty Harry ». C’est dire si l’acteur-réalisateur n’a jamais craint de prendre des risques pour explorer des facettes inattendues.
Des paris risqués, une fidélité du public
Au fil des années 1970, la popularité d’Eastwood ne se dément pas. Qu’il s’agisse de westerns réinventés tels que « Josey Wales hors-la-loi » – qu’il considère lui-même comme un sommet personnel –, des comédies populaires comme « Doux, dur et dingue », ou de ses fameux flics solitaires, l’acteur sait capter l’air du temps. Pourtant, en 1980, il opère un virage inattendu avec « Bronco Billy ». Ce film propose une plongée tendre et légèrement nostalgique dans l’univers d’une troupe itinérante du Far West, tentant de survivre alors que ces spectacles semblent passés de mode. Ici, Eastwood vise un nouveau public : les familles. Mais il esquisse aussi un adieu délicat au mythe de l’Ouest qui a forgé sa légende.
Lutter contre le cynisme des années 1980
À la question sur la réception mitigée de « Bronco Billy », notamment lors d’un entretien pour « Firefox », Eastwood confiait : « C’était un projet qui me tenait à cœur… Il y avait une certaine pureté, une volonté de lutter contre le cynisme de notre époque… Peut-être était-ce trop vieux jeu, mais ce fut un bon film pour moi. » Malgré des critiques bienveillantes et un résultat correct au box-office (24,3 millions pour 6,5 millions investis), le film ne galvanise pas ses fans autant que ses autres succès.
En réalité, loin d’être un simple divertissement familial, « Bronco Billy » tisse une chronique attachante sur la quête d’une seconde chance. Le long-métrage séduit par son ton doux-amer et cette façon presque désinvolte qu’a Eastwood de se moquer doucement de son propre mythe.
L’héritage discret, mais vivant du film
Si l’engouement populaire n’a pas été immédiat – nombreux préférant les pitreries simiesques d’« Ça va cogner » –, le temps finit par rendre justice à ce western atypique. En 2019, une adaptation scénique saluée à Los Angeles remettra en lumière cette œuvre singulière. En somme, « Bronco Billy » demeure aux yeux d’Eastwood une parenthèse précieuse : celle où il a osé lutter contre la morosité ambiante sans jamais sacrifier son amour du cinéma.