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Ubisoft : une erreur stratégique qui va coûter cher

Depuis l'entrée de Vivendi dans le capital d'Ubisoft, c'est la panique chez l'éditeur français. Pourtant, la société d'Yves Guillemot aurait pu se mettre à l'abri d'une possible prise de contrôle.

| Modifié le 05 novembre 2015 à 18h41
Ubisoft : une erreur stratégique qui va coûter cher

Ces dernières semaines, Vincent Bolloré a surpris son monde en rentrant dans le capital d’Ubisoft avec l’acquisition de 6,6% des parts de l’éditeur de jeux français pour un montant de 140,3 millions d’euros. Si cette prise de participation non sollicitée n’avait pas, dans l’immédiat, de quoi faire peur à Ubisoft, qui déclarait vouloir tout de même rester un groupe indépendant, le PDG de Vivendi a rapidement décidé de mettre la pression sur la société de la famille Guillemot en augmentant sa participation à 10,39% et devenant ainsi le premier actionnaire de la firme d’origine bretonne.

Malgré son statut d’actionnaire principal, Vincent Bolloré n’a actuellement pas encore les pleins pouvoirs chez Ubisoft puisque par le jeu des droits de vote doubles, la famille Guillemot est encore protégée pour le moment. Néanmoins, la multinationale française spécialisée dans la communication et le divertissement, présidée par Bolloré, a récemment annoncé dans un communiqué qu’elle ne « s’interdit pas d’augmenter sa participation et se réserve la faculté, le moment venu, de demander à être représentée à leur conseil d’administration ». De là à parler d’une offre publique d’achat (OPA), il n’y a qu’un pas et Ubisoft aura tout intérêt à préparer une stratégie pour contrer le groupe Vivendi, surtout si un dialogue ne s’ouvre pas entre les deux sociétés.

D’ailleurs, dans un autre communiqué, Vivendi indique que le groupe prévoit de poursuivre ses investissements en fonction des conditions de marché : « Ces achats n’ont pas été spécifiquement conçus comme une étape préparatoire à un projet de prise de contrôle d’Ubisoft et Gameloft. Néanmoins, sur les six prochains mois, Vivendi ne peut pas écarter la possibilité d’envisager un tel projet. »

Ubisoft aurait dû retenir la leçon avec l’OPA avortée d’Electronic Arts

Si une éventuelle OPA sur Ubisoft de Vivendi est prévisible, elle n’est pour l’instant pas encore prévue, mais rien que de l’imaginer, elle doit donner des sueurs froides aux frères Guillemot. Pourtant, ces derniers n’auraient pas été en mauvaise posture s’ils n’avaient pas commis une erreur stratégique pour le moins simpliste. En effet, tout comme le groupe Vivendi, l’éditeur américain Electronic Arts était entré au capital d’Ubisoft, en 2004, en créant également la surprise à l’époque avec l’acquisition de 20% des parts de la société française tout en devenant le premier actionnaire de l’éditeur français.

Suite à la rentrée du groupe américain, la famille Guillemot s’est très vite sentie menacée par une possible OPA hostile d’EA et a fait savoir qu’un renforcement de la participation des fondateurs de la société était envisagé. Cela n’a pas empêché Electronic Arts de faire une offre d’environ 700 millions d’euros pour s’approprier possiblement 100% des parts de l’éditeur français. Cependant, après quelques années de longues négociations, EA a décidé de se désengager d’Ubisoft en revendant 15% de ses parts à la famille Guillemot, tout en expliquant que les priorités stratégiques avaient changé depuis l’investissement initial de la firme américaine.

Peu de temps après cette annonce inespérée, l’éditeur français avait retrouvé davantage de liquidité et surtout une liberté de décision dans sa stratégie. Et c’est à ce moment-là que la société française se devait d’assurer ses arrières comme il fallait, après cette OPA manquée d’Electronic Arts qui a tout de même fait très peur aux frères bretons. Comment Ubisoft pouvait se protéger ? En adoptant un statut de commandite par actions. Utilisée par des sociétés comme Michelin, Euro Disney, Lagardère ou encore Hermès, cette structure juridique, qualifiée d’arme « anti-OPA », permet à des groupes familiaux de conserver la gestion de leurs affaires même s’ils sont minoritaires au capital.

Une société possédant le statut de commandite par actions se retrouve avec deux types d’associés : les commanditaires, qui sont les actionnaires apportant des capitaux, mais qui n’ont pas de rôle dans la conduite des affaires, et les commandités, qui gèrent la société et sont responsables des dettes sur leurs biens propres. C’est donc ce choix stratégique qu’Ubisoft devait faire pour être protégé suite à l’entrée de Vivendi dans son capital. D’ailleurs, ce type de statut avait sauvé la société Hermès d’une OPA de LVMH.

Quel avenir pour Ubisoft avec Vincent Bolloré (Vivendi) dans son capital ?

Pour l’instant, il faut qu’un dialogue entre Videndi et Ubisoft se fasse, chose qui ne s’est pas encore produite actuellement. Si Vincent Bolloré garantit une indépendance au groupe de la famille Guillemot, Ubisoft se laissera petit à petit racheter par le groupe Vivendi. Dans le cas où il n’y aurait pas d’entente entre les deux, Vivendi serait donc officiellement le « grand méchant » prêt à tenter une OPA hostile pour s’approprier l’entreprise française même si les dirigeants ne le souhaitent pas.

L’éditeur de jeux vidéo français devra alors miser sur un « chevalier blanc ». En droit financier, il s’agit d’une personne, ou un groupe financier, qui vient en aide à une entreprise ou à un holding visé par une OPA hostile. Souvent, le moyen d’intervention est de lancer une contre-offre de rachat (une OPA amicale) pour que l’entreprise visée fusionne avec un partenaire qu’elle préfère (principalement pas du même milieu) à celui qui la visait initialement.

Autant dire que ce début de mois de novembre risque d’être émotionnellement difficile pour les frères Guillemot, surtout si Vivendi décide de s’attaquer également plus en détail à la société Gameloft, dont le groupe détient 10,20% du capital, sachant que la réputation de Vincent Bolloré n’est plus à faire en tant que fin stratège. D’ailleurs, celui-ci n’a jamais pris la décision d’investir dans une entreprise sans qu’il n’y ait pas un certain intérêt économique.

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