En bref
- Quatre séries, quatre finales risquées
- L’inattendu sert ici le propos
- La fin rehausse tout le reste
Rater une fin, on le sait, peut plomber une série entière. Celles-ci ont choisi l’option la plus délicate, surprendre au moment où tout le monde pensait avoir compris, et c’est précisément ce qui les rend si solides avec le recul.
La fin comme test de vérité
Souvent, les séries n’ont même pas ce luxe. Une annulation coupe court à tout, les auteurs bricolent, et le final ressemble à une porte qu’on claque à la hâte. Là, c’est l’inverse. Ces quatre titres ont eu la possibilité d’aller au bout de leur logique, quitte à signer une conclusion franchement bizarre.
Et c’est là que ça devient intéressant. Une bonne finale ne sert pas seulement à fermer l’intrigue, elle révèle ce que la série racontait depuis le début. En gros, le dernier épisode agit comme un révélateur photo.
Quand le préquel refuse de rester à sa place
Le cas Better Call Saul est assez fascinant. Au départ, l’idée d’un préquel de Breaking Bad paraissait casse-gueule, presque condamné à vivre dans l’ombre de l’original. Puis la série a trouvé mieux qu’un simple complément.
Ses quatre derniers épisodes abandonnent le cadre attendu du préquel pour filer en 2010, après les événements de Breaking Bad. On retrouve Jimmy McGill caché à Omaha, dans le Nebraska. Il replonge dans une combine, se fait arrêter, puis doit répondre devant la justice de ses actes commis à travers les deux séries. Ce déplacement tardif dans la chronologie surprend, mais il met surtout face à face deux versions du même homme. Et la conclusion de son arc, disons que c’est peut-être encore plus fort que dans Breaking Bad.
Deux comédies, deux manières de détourner la finale
On n’attend pas forcément une grande fin d’une comédie, encore moins d’un programme à la frontière du réel. Curb Your Enthusiasm et Nathan for You prouvent pourtant l’inverse.
Pour la dernière saison de Curb Your Enthusiasm, Larry David quitte largement Los Angeles pour Atlanta, en Géorgie, après avoir enfreint sans le vouloir une loi électorale locale et s’être retrouvé érigé en icône des droits civiques. Le final, « No Lessons Learned », prend la forme d’un procès où défilent des témoins de toute l’histoire de la série. Le twist, c’est l’hommage à la fin controversée de Seinfeld. Comme dans cette dernière, les fautes passées des personnages reviennent les juger, avec une peine d’un an de prison à la clé. Sauf que Jerry Seinfeld apporte un élément qui provoque l’annulation du procès et libère Larry. La série se termine sur l’idée que c’est ainsi qu’ils auraient dû conclure Seinfeld. Malin, et très juste pour une œuvre qui a toujours vécu dans cette ombre-là.
De son côté, Nathan for You finit avec « Finding Frances », un épisode long format centré sur Bill Heath, sosie de Bill Gates âgé de 78 ans, déjà vu auparavant. Nathan Fielder l’aide à retrouver Frances, une femme aimée dans sa jeunesse puis perdue de vue. Résultat, un final bien plus introspectif que prévu, hanté par le regret et l’amour manqué, qui annonce déjà ce que Fielder creusera ensuite dans The Rehearsal.
Le noir total qui continue de hanter la télé
Puis il y a The Sopranos. Le cas d’école. Au restaurant, Tony Soprano partage un dîner familial, scrute chaque entrée, et la série coupe net en plein « Don’t Stop Believing ». Noir complet. Rien de plus.
Cette fin a rendu pas mal de monde furieux. Mais elle tient justement parce qu’elle refuse la réponse simple. Tony a construit sa vie dans la violence, et sa punition devient une paranoïa sans fin. Qu’il vive ou qu’il meure compte presque moins que cette sensation laissée au spectateur. Et si les séries d’aujourd’hui tentent autant de soigner leurs conclusions, c’est aussi parce que certaines ont montré qu’une fin ouverte peut continuer à travailler la culture télé bien après le générique.