En bref
- Trois classiques du space western arrivent en 1998
- Chacun mélange autrement western et science-fiction
- Leur succès a aidé l’anime aux États-Unis
Trois des anime de space western les plus aimés ont été lancés la même année. Oui, 1998. Avec le recul, c’est presque absurde de voir Cowboy Bebop, Trigun et Outlaw Star se télescoper ainsi, alors qu’ils ont chacun laissé une trace très différente.
Trois séries, une même année charnière
Le calendrier est limpide. Outlaw Star, adaptation du manga de Takehiko Itō, arrive d’abord en janvier 1998. Puis, en avril, suivent Cowboy Bebop, création originale du studio Sunrise, et Trigun, tiré du manga de Yasuhiro Nightow.
Sur le papier, on peut les ranger dans la même case. Des héros à la marge, des mondes-frontières, une liberté grisante qui va toujours avec le danger. Mais ce qui frappe, c’est l’écart entre elles. Même famille, pas la même silhouette.
Pourquoi Cowboy Bebop a pris toute la lumière
Chez beaucoup de fans, Cowboy Bebop reste la référence. La série réalisée par Shinichirō Watanabe a propulsé son auteur, décroché un film, puis un remake live action chez Netflix, plus bref que sa réputation.
Son tour de force, c’est de ne jamais faire du western un costume. L’équipage, Spike Spiegel, Jet Black et Faye Valentine, ressemble souvent davantage à des personnages échappés d’un film noir qu’à des cow-boys de carte postale. Pourtant, l’ADN est bien là, entre l’émission de primes Big Shot, le bar poussiéreux d’Asteroid Blues sur l’astéroïde Tijuana, ou encore Mushroom Samba et Cowboy Funk. Et la musique jazz de Yoko Kanno finit de donner à l’ensemble une identité très à part.
Trigun, le western le plus pur et le plus moral
À l’inverse, Trigun assume frontalement son décor de Far West. La planète-désert s’appelle No Man’s Land, parfois traduite par Gunsmoke. On y suit Vash the Stampede, pistolero recherché au manteau rouge, escorté malgré lui par Meryl Stryfe et Milly Thompson, deux employées d’assurance chargées de limiter les dégâts.
Le plus intéressant n’est pas son look, quand même très réussi. C’est son dilemme. Derrière les affiches de recherche et les saloons, la série révèle une origine de science-fiction plus nette, liée au crash d’une flotte de colonisation partie quitter la Terre. Vash, lui, vit depuis plus d’un siècle sans vieillir. Et surtout, il refuse de tuer, fidèle au principe de « love and peace » transmis par Rem. Résultat, un western étonnamment philosophique.
Outlaw Star, le plus discret, pas le moins important
Moins célèbre aujourd’hui, Outlaw Star n’a ni remake ni suite, et n’a même pas de diffusion officielle actuelle sur les services de streaming anime aux États-Unis, comme Crunchyroll. Pas de quoi le classer derrière les autres.
La série suit le vaisseau Outlaw Star, récupéré par Gene Starwind et le jeune Jim Hawking, bientôt rejoints par Melfina, Twilight Suzuka et Aisha. L’ensemble tient de l’opéra spatial et de la chasse au trésor, avec la quête de la Galactic Leyline. Il y a là quelque chose de Treasure Island, jusque dans le nom de Jim, et même un parfum que l’on rapprocherait volontiers des Guardians of the Galaxy.
Le vrai impact s’est joué aux États-Unis
Leur héritage dépasse le Japon. Dans les années 1990 et 2000, Toonami et Adult Swim, sur Cartoon Network, ont exposé toute une génération américaine à des anime plus adultes, plus nerveux, plus stylés aussi. Outlaw Star, Trigun et surtout Cowboy Bebop y sont devenus des portes d’entrée majeures.
Bon, il y a une raison simple à ça. Ces séries parlaient déjà, en partie, le langage du public occidental, entre film noir, Star Wars et westerns spaghetti de Sergio Leone. Ajoutez des doublages anglais enfin solides, avec le travail très salué sur Cowboy Bebop et la prestation de Johnny Yong Bosch en Vash, plus tard reprise dans Trigun Stampede puis Trigun Stargaze, et vous obtenez un moment charnière. Pas seulement pour le genre, pour la circulation mondiale de l’anime.