En bref
- The Odyssey cartonne en salles
- Christopher Nolan prolonge une idée d’Oppenheimer
- Les deux films racontent une fin d’époque
On attendait d’The Odyssey un grand spectacle mythologique. Ce que propose vraiment Christopher Nolan, c’est aussi un film qui parle avec Oppenheimer, presque en secret. Pas une suite, évidemment. Mais une suite thématique, et ce n’est pas un détail.
Deux films, une même obsession
En surface, tout les oppose. Oppenheimer avançait comme un drame judiciaire très stylisé, construit de façon non linéaire autour de la vie de J. Robert Oppenheimer, de ses liens personnels et politiques, jusqu’à la création de la première bombe atomique. The Odyssey, lui, prend la forme d’une vaste épopée au parfum de grand Hollywood classique, entre mythe ancien et récit de sabre et sandales.
Mais si vous zoomez, le cœur est le même. Les deux films défendent l’idée qu’une innovation, une intuition, une idée brillante peuvent changer le monde sur le moment, puis fermer une époque entière en ouvrant quelque chose de plus sombre.
Le point commun, c’est la bascule
Dans Oppenheimer, la bascule est évidente. La bombe atomique représente un sommet de réussite scientifique, sauf qu’elle libère aussi une capacité de destruction inédite. Une fois l’arme née, le monde ne revient pas en arrière. Elle devient ce génie qu’on ne remet plus dans la bouteille, et son ombre s’étend jusqu’à la guerre froide, dont les effets se font encore sentir.
Chez Ulysse, dans The Odyssey, le constat arrive autrement. Le personnage comprend que les actes des Grecs pendant la guerre de Troie ont eux-mêmes déclenché la fin de leur ère, celle de l’âge du bronze. Les redoutés « peuples de la mer » qui précipitent le déclin grec renvoient en réalité aux Grecs eux-mêmes, entrés dans Troie sous l’apparence d’un cadeau, avant de tuer des innocents, profaner la statue d’Athéna et assassiner sa prêtresse.
Résultat ? Le cheval de Troie devient, pour ce monde-là, l’équivalent moral de la bombe.
L’hubris comme moteur du désastre
Ce qui relie vraiment les deux films, c’est l’hubris, l’orgueil de l’homme face à sa propre intelligence. Oppenheimer brille par la science. Ulysse brille par la ruse. Dans les deux cas, cette brillance accouche d’un désastre qui dépasse largement leurs intentions.
C’est là que Christopher Nolan est intéressant, quand même. Il ne filme pas juste des hommes hors norme. Il filme le moment où le génie cesse d’être une victoire et devient une malédiction historique.
Pourquoi cette lecture pèse dans le débat autour du film
Si cette idée compte, c’est aussi parce que The Odyssey ne passe pas inaperçu. Le film est déjà en salles, enchaîne les records, dépasse les estimations, séduit la critique comme le public et s’installe dans la conversation pop culture. On débat de ses détails, de son sens, de sa place entre histoire et mythe.
Et c’est peut-être là que le film devient plus qu’un blockbuster. On parle beaucoup de son ampleur. Pas assez de ce qu’il dit sur la fin des civilisations, et sur ces idées humaines si brillantes qu’elles abîment le monde au moment même où elles le transforment. À moyen terme, c’est ce type de lecture qui peut installer The Odyssey bien au-delà de son succès en salles.