En bref
- The Munsters jouait la normalité, pas l’étrangeté
- La série a mieux démarré que The Addams Family
- Batman a précipité son arrêt en 1966
Une famille de monstres persuadée d’être parfaitement ordinaire, c’est ça le vrai moteur de Les Monstres (The Munsters). Et c’est aussi ce qui la sépare de The Addams Family, souvent rangée à côté d’elle un peu trop vite.
Des monstres, mais une sitcom très classique
L’idée est simple, et franchement redoutable. Chez les Munster, personne ne se voit comme inquiétant. La famille habite au 1313 Mockingbird Lane, dans une banlieue américaine proprette des années 1960, avec ses voisins raides, ses sorties scolaires et ses codes très middle class. Le gag central tient dans ce décalage permanent entre ce que les autres voient, et ce que les Munster croient incarner.
Là où les Addams jouent volontiers avec le macabre, The Munsters reste une sitcom familiale presque classique. Herman travaille dans une entreprise de pompes funèbres, Lily tient la maison, Eddie va à l’école publique, Marilyn suit ses cours à l’université, et Grandpa bricole dans son laboratoire au sous-sol, qui est aussi un donjon. Même leur grande maison un peu décrépite reste, au fond, une maison de banlieue comme les autres. Sauf quand on passe la porte.
Une galerie de personnages qui affine la formule
Le cœur de la série, c’est quand même sa famille. Herman Munster, joué par Fred Gwynne, commence comme un père de sitcom assez standard, avant de glisser vers un personnage bien plus burlesque, enfantin, maladroit, presque incontrôlable. Un virage qui doit beaucoup au talent comique de l’acteur.
En face, Lily, incarnée par Yvonne De Carlo, tient l’ensemble avec une énergie calme. Grandpa, joué par Al Lewis, mélange vampire à l’ancienne et savant fou. Puis il y a Eddie, petit loup-garou très à l’aise avec son étrangeté, et Marilyn, seule humaine du foyer, qui pense faire fuir ses prétendants à cause d’elle-même, alors que c’est évidemment sa famille qui les terrorise. Résultat, la meilleure idée de la série passe aussi par son personnage le plus normal.
Un succès réel, puis le mur Batman
On pourrait croire à un clone opportuniste. Ce n’est pas si simple. Le projet remonte à un pitch de Bob Clampett chez Universal Studios dans les années 1940, repris bien plus tard par les scénaristes Allan Burns et Chris Hayward, influencés à la fois par Charles Addams et par le catalogue de monstres d’Universal. Après débat entre animation et prises de vues réelles, c’est CBS qui valide la version live.
La série démarre le 24 septembre 1964, six jours après l’adaptation télé de The Addams Family. Et elle marche. Sa première saison atteint la 18e place des audiences Nielsen, devant sa rivale. Mais la deuxième saison croise la route de la nouvelle série live Batman. Changement de case, chute d’audience, fin de partie en 1966 après deux saisons. Le succès était là, pas la bonne fenêtre.
Une série annulée, mais pas enterrée
Depuis, The Munsters revient régulièrement. Il y a eu le film Munster, Go Home! en 1966, le dessin animé The Mini-Munsters en 1973, le revival The Munsters Today entre 1988 et 1991, le pilote raté Mockingbird Lane en 2012, puis le film The Munsters signé Rob Zombie en 2022.
Et ce n’est sans doute pas fini. Avec le retour en grâce des esthétiques gothiques pop, de Stranger Things à Wednesday, l’ADN de la série n’a pas disparu. Il attend juste la bonne époque, encore une fois.