En bref
- Le producteur lance et porte le projet
- Les crédits cachent des niveaux d’implication très différents
- À la télévision, l’executive producer domine souvent
Comprendre un générique, c’est souvent comprendre qui a vraiment fabriqué l’œuvre. Et dans le cinéma comme dans les séries, le mot producteur reste le plus trompeur de tous.
Le producteur, premier entré, dernier sorti
Pour Brian Udovich, tout commence avant le tournage, parfois même avant un scénario. Un producteur peut partir d’une idée, d’un livre, d’un comic, d’un podcast, d’une ancienne œuvre ou même de droits sur une vie. S’il contrôle cet élément de départ, il possède déjà ce qu’Udovich décrit comme une monnaie d’échange.
Ensuite, il faut trouver l’argent, convaincre un studio ou des financeurs, puis monter l’équipe. Udovich compare la hiérarchie à un club de sport : le studio tient le rôle du propriétaire, le réalisateur celui du coach, et le producteur agit comme un directeur général. C’est lui qui choisit, assemble, arbitre. Pas pour rien que l’Oscar du meilleur film va au producteur.
Sur le tournage, un rôle de chef d’orchestre très terre à terre
Une fois le projet lancé, le métier devient beaucoup moins abstrait. Il faut tenir le planning, soutenir la vision du réalisateur et éviter le piège classique : les jours qui débordent, donc les coûts qui explosent. Dans ce métier, le temps se transforme vite en argent perdu.
Chez Snoot Entertainment, Keith Calder et Jess Wu Calder racontent ce travail à partir de The Guest, tourné après You’re Next. À les entendre, leur implication allait du concept initial jusqu’à la sortie, en passant par le financement, la vente et la présence quotidienne au combo avec les acteurs, Adam Wingard et Simon Barrett. Jess Wu Calder résume ça comme un métier de résolution de problèmes, surtout avec un petit budget.
Executive producer, co-producer, associate producer : des crédits pas équivalents
Le cas le plus mal compris, c’est souvent l’executive producer. Le titre sonne comme le sommet de la pyramide. En réalité, au cinéma, il désigne fréquemment quelqu’un de plus éloigné du plateau, souvent lié au financement ou à un rôle de soutien stratégique. Steven Spielberg, via Amblin Entertainment, a aussi donné à ce crédit une vraie valeur de marque sur des films comme Gremlins, The Goonies ou Back to the Future.
Le co-producer, lui, se situe plus près du terrain. Selon Udovich, c’est souvent la personne présente chaque jour, qui fait tourner la machine sans pour autant détenir les droits du projet. Quant au associate producer, le crédit est plus flou. Il peut récompenser une aide importante sur un point précis, sans faire de cette personne la raison principale de l’existence du film.
Pourquoi la télévision change presque toutes les règles
Là, les repères bougent. Udovich dit que le cinéma et la télévision se ressemblent comme l’espagnol et le portugais, proches, mais pas identiques. En série, le pouvoir va souvent aux auteurs.
Aujourd’hui, l’executive producer est très souvent le showrunner, autrement dit la personne qui dirige l’écriture et l’ensemble créatif. Pensez à Damon Lindelof sur Lost, à Jenji Kohan sur Orange Is the New Black ou à Taylor Sheridan sur Yellowstone. Mais il existe aussi des producteurs non scénaristes. Keith Calder cite leur travail sur la saison 1 de Blindspotting, où ils supervisaient écriture, tournage et postproduction à la manière d’un film.
Pourquoi ce flou compte encore aujourd’hui
Bon, tout ça reste parfois chaotique. Les intitulés ne disent pas toujours tout, et les exceptions sont nombreuses. Mais une idée ressort nettement : sans producteur, une histoire peut rester à l’état de promesse.
C’est aussi ce qui rend ce métier intéressant. Jess Wu Calder explique aimer accompagner des débutants, repérer leurs forces, construire l’équipe autour d’eux et, selon sa formule, ajouter « un peu de paprika » là où il faut. Dit autrement, le producteur n’est pas juste un nom dans les crédits. Il relie l’idée, l’argent, les talents et le réel. Et aujourd’hui, dans un paysage où les films et les séries se fabriquent de plus en plus comme des écosystèmes, ce n’est quand même pas un détail.