En bref
- Get Jiro adapte enfin l’univers d’Anthony Bourdain
- La série mêle cuisine authentique et violence stylisée
- Diffusion sur Toonami, puis streaming sur HBO Max
Transposer Anthony Bourdain en animation, le risque était évident. Le plus simple aurait été de garder le vernis, les lames, le sang, l’obsession culinaire. Get Jiro essaie autre chose, récupérer aussi sa façon de penser la table, la culture et les rapports de force.
Une adaptation née d’un long détour
La série arrive sur Adult Swim comme l’un des prochains gros projets animés liés à DC Studios. À l’origine, il y a le comics écrit par Anthony Bourdain et Joel Rose, dessiné par Langdon Foss et Alé Garza, dans un monde post-apocalyptique où les chefs sont devenus la puissance dominante.
Pour Alessandro Tanaka et Brian Gatewood, la connexion a été immédiate à la lecture. Petit hasard de la vie, quand même, Tanaka avait été voisin de Joel Rose dans sa vingtaine et n’avait plus eu de contact avec lui depuis des années. Le projet, lui, remonte encore plus loin: lors de la publication du comics, Peter Girardi, chez Warner Bros. Animation, en avait acquis les droits, et Bourdain comme Rose devaient eux-mêmes porter l’adaptation. La mort de Bourdain a tout stoppé, avant qu’une nouvelle équipe ne reprenne le flambeau.
Respecter les livres, élargir le monde
Là, le rôle de Joel Rose a compté. Présent dans la writers room, il a aidé à orienter la série, à raconter Bourdain, et à transmettre l’intention derrière les livres. Pas un détail décoratif. Plutôt une boussole.
La première saison adapte à la fois l’histoire d’origine et le préquel Blood and Sushi, avec seulement 10 épisodes. Les producteurs expliquent qu’ils aimeraient aller plus loin sur plusieurs saisons, d’autant qu’ils savent, via Rose, où d’autres livres devaient emmener cet univers. Mais s’ils n’avaient qu’un tir, l’idée était de faire tenir l’essentiel.
Et ils ont aussi ajouté des éléments. À partir du matériau existant, l’équipe a commencé à se demander à quoi ressembleraient la police ou un tueur à gages dans ce monde. En gros, de l’expansion, pas de la trahison.
Prendre au sérieux un monde absurde
Le concept peut vite basculer dans la farce. Des chefs qui dirigent la société, sur le papier, ça peut tourner au gag étiré. Le choix a donc été inverse: traiter cet univers avec un maximum de sérieux.
Les auteurs ont même cartographié sur tableau blanc la manière dont un gouvernement fonctionnerait encore après l’effondrement, quels ministères survivraient, lesquels pèseraient le plus. Cette rigueur sert le ton. Les influences revendiquées vont du cinéma japonais aux films de yakuza et de samouraïs, passions bien connues de Bourdain, avec une ouverture vers des références plus contemporaines.
La cuisine authentique, la violence assumée
Le point le plus intéressant est peut-être là: la série ne plaisante pas avec la nourriture. Matt Goulding, ami et ancien collègue de Bourdain, relisait les premiers jets, discutait des plats, vérifiait les ingrédients, puis revenait sur l’animatique et la version finale pour s’assurer que la préparation restait juste à l’écran.
En face, il y a la violence. Très visible, très sanglante, notamment dans l’épisode de prison, plus nerveux et visuellement à part. Jordan Blum la décrit comme une brutalité stylisée, presque opératique, pensée dans l’esprit d’un Tarantino: exagérée, graphique, jamais naturaliste. C’est sans doute là que Get Jiro trouve son équilibre. La cuisine comme culture, la cuisine comme pouvoir, la cuisine comme arme. Et ça dit pas mal de ce que l’animation adulte cherche aujourd’hui à faire.