En bref
- Le film cache un récit de deuil
- La nostalgie 80s sert un adieu
- Les dinos visent un public précis
Spoiler, oui. Mais c’est presque le sujet. The End of Oak Street ne parle pas seulement de dinosaures ni de nostalgie années 1980. Il parle à un public très précis, la Gen X et les millennials plus âgés, en leur rappelant que le temps file, que les parents disparaissent, et qu’un certain monde a déjà disparu avec eux.
Un faux film nostalgique, un vrai film de passage
À première vue, le film de David Robert Mitchell ressemble à une lettre d’amour aux productions Amblin et au cinéma de Steven Spielberg. On pense à cette imagerie d’aventure familiale qui a marqué les années 1980, celle qu’une partie du public continue de traîner avec elle depuis l’enfance. Sauf qu’ici, la mécanique est plus grave. Le titre l’annonce presque tout seul, Oak Street regarde autant en arrière qu’il dit au revoir.
Le point intéressant, c’est le décalage entre l’attente et ce que le film livre vraiment. Là où on pouvait craindre un exercice de style un peu confortable, Mitchell glisse une vraie mélancolie. Pas de simple célébration. Plutôt la sensation de voir se refermer une époque.
Les dinosaures comme miroir d’une Amérique perdue
Dans le récit, la famille Platt voit son quartier basculer sans prévenir dans un espace peuplé d’organismes impossibles à comprendre et à contrôler. Que ces créatures soient des dinosaures, et non un virus comme le Covid-19, ne change pas grand-chose au fond. L’idée reste la même, celle d’un quotidien fracassé par une menace qui dépasse tout le monde.
Et le film insiste. Sa caméra s’attarde sur les victimes, sur des photos de couples et de familles, comme si chaque image rappelait ce qui a été perdu ou brisé. Quand Audrey Platt, jouée par Maisy Stella, s’arrête au milieu du chaos pour pleurer en chantant Valerie de Steve Winwood, le geste est limpide. La scène ne regarde pas seulement le passé avec tendresse, elle pleure un avant plus simple, ou du moins perçu comme tel.
Un film pensé pour la Gen X et les millennials plus âgés
Ce ciblage devient encore plus net à la fin, avec une dédicace au père de David Robert Mitchell, mort en 2024. D’un coup, tout se réorganise. Greg Platt, incarné par Ewan McGregor, gagne une dimension plus tragique, et sa mort dans la mâchoire d’un allosaure frappe plus fort. Même sa résurrection via les détours temporels du scénario paraît moins facile qu’elle n’en a l’air.
Bon, c’est là que le film touche juste. Cette génération arrive à l’âge où la disparition des proches n’est plus une abstraction. Le deuil devient une expérience partagée, presque un sous-texte collectif.
Pourquoi ce sous-texte change la réception du film
Mitchell a expliqué que les dinosaures venaient à la fois de sa propre enfance et de son père, obsédé par eux, qui fabriquait avec son frère des courts métrages en stop motion qu’il regardait enfant. Traduit en français, cela donne à peu près ceci, « Le truc des dinosaures venait en partie de l’enfance. De mon amour pour eux aussi. Mais une partie venait de mon père, qui en était obsédé. Lui et mon oncle faisaient de courts films d’animation en stop motion avec des dinosaures, et je les regardais quand j’étais enfant ».
La nostalgie n’est plus un décor. C’est un langage pour parler de perte, mais aussi de souvenir et de célébration. Et c’est sans doute pour ça que The End of Oak Street peut rester en tête, pas comme un pastiche 80s de plus, plutôt comme un film sur ce qu’on emporte quand tout le reste s’efface.