En bref
- Silent Running prolonge autrement l’esprit scientifique de Project Hail Mary
- Le film remplace l’humour par une vraie noirceur écologique
- Douglas Trumbull signe une œuvre encore très actuelle
Il y a une drôle de bascule entre Project Hail Mary et Silent Running. Le premier croit encore à la science, au sang-froid, à l’idée qu’un cerveau bien câblé peut sortir l’humanité d’un très mauvais pas. Le second regarde le même horizon spatial, mais avec moins d’illusions. Et c’est précisément pour ça que le film de Douglas Trumbull, sorti en 1972, mérite le détour si vous avez aimé la réussite signée Phil Lord et Christopher Miller.
Une parenté évidente, mais pas le même ton
Dans Project Hail Mary, le docteur Ryland Grace, joué par Ryan Gosling, part étudier une étoile lointaine pour comprendre pourquoi elle ne s’éteint pas comme le Soleil. Dans The Martian, autre adaptation d’un roman d’Andy Weir, Mark Watney, incarné par Matt Damon, doit survivre sur Mars en produisant sa nourriture et son air.
Le lien avec Silent Running est limpide. On retrouve une mission spatiale à très haut risque, un scientifique coincé dans une situation extrême, et cette idée que l’espace ne pardonne rien. Sauf qu’ici, pas de légèreté salvatrice ni de blagues pour tenir le coup. Le film est bien plus mélancolique, presque funèbre par moments.
Quand l’espace devient le dernier refuge du vivant
Le récit imagine un futur où les forêts terrestres ont disparu, ravagées par la pollution et la déforestation. Les derniers fragments de vie végétale ont été chargés à bord du vaisseau Valley Forge, dans de grands dômes-serres qui flottent en orbite de Saturne.
À bord, Bruce Dern incarne Freeman Lowell, botaniste chargé de veiller sur ces biomes artificiels. Il n’est pas seul, trois autres astronautes l’accompagnent, interprétés par Ron Rifkin, Cliff Potts et Jesse Vint. Mais Lowell a une obsession que les autres ne partagent pas. Il aime les plantes, les animaux, la biodiversité, bien plus que ses collègues. Résultat ? Il parle davantage aux robots de service non humanoïdes, joués notamment par Mark Persons, Cheryl Sparks, Steven Brown et Larry Whisenhunt.
Détail acide, quand même, le programme est financé par American Airlines. Ça dit déjà quelque chose du film et de sa méfiance envers la logique d’entreprise.
Un film de 1972 qui vise encore juste
La mission finit par être annulée. L’ordre tombe, les astronautes doivent larguer les biomes, puis les détruire à l’arme nucléaire avant de rentrer sur Terre. Lowell est le seul à vivre cela comme une horreur absolue. Il ira jusqu’à se battre, et même tuer, pour protéger ce qui reste de vie.
C’est là que Silent Running devient plus qu’un simple film spatial. Il parle de crise écologique, de l’indifférence collective, de notre incapacité à agir alors même que tout est sous nos yeux. Sa fin garde une petite lueur, mais une lueur douloureuse, l’une des plus belles fins doux-amères du genre.
Et puis il y a l’image. Avant que Star Wars ne redéfinisse la science-fiction populaire, ce type de récit pessimiste occupait le terrain. Douglas Trumbull, immense artisan des effets visuels, venait de travailler sur 2001: A Space Odyssey, puis participera aussi à The Andromeda Strain, Close Encounters of the Third Kind, Star Trek: The Motion Picture et The Tree of Life. Le film reste visuellement impressionnant, mais sa vraie force est ailleurs. Dans son cynisme. Et, plus de cinquante ans après, ça pique encore.