En bref
- Hollywood adapte tout, ou presque
- Quatre romans fantasy restent sans version écran
- Leur potentiel visuel saute pourtant aux yeux
Tout est adapté, recyclé, relancé. Et au milieu de cette machine, un pan entier de la fantasy jeunesse des années 2000 et du début 2010 reste curieusement sur le banc.
Le paradoxe est assez net. Pendant que Disney, les studios de Hollywood et les grands groupes médias multiplient remakes, reboots et adaptations de comics ou de contes, des romans plus proches de Percy Jackson ou Artemis Fowl n’ont toujours pas eu droit à leur version télé. Pourtant, ces livres mêlaient déjà folklore celte, Égypte magique, histoire, mode ado ou premiers imaginaires écolos. En gros, tout ce que les plateformes cherchent aujourd’hui, mais avec une vraie personnalité.
Un angle mort au milieu de la machine à adaptations
Ce qui frappe, ce n’est pas juste l’absence d’adaptation. C’est le fait que ces récits ont souvent des univers plus précis, plus incarnés, que pas mal de productions calibrées du moment.
Ils ne relèvent ni de la romance faë moderne, ni de la vague dystopique YA la plus mécanique. Leur force, c’est un mélange d’aventure, de bizarrerie et d’émotion qui laisse une trace. Pas forcément des mastodontes éditoriaux, mais des livres qui ont marqué une génération de lecteurs sans devenir des franchises d’écran.
Quand la fantasy ado avait encore de vraies idées visuelles
Avalon: Web of Magic a presque tout pour une série. Trois collégiennes, Emily Fletcher, Adriane Charday et Kara Davies, découvrent qu’une réserve naturelle abrite dragons aquatiques, mistwolves et autres créatures perdues. Elles sont en réalité des Mages, liées au Web of Magic, un réseau qui relie la Terre à d’autres royaumes.
Avec leurs animaux parlants, des bijoux magiques et une ennemie nommée la Dark Sorceress, elles partent chercher Avalon, source de toute magie. La saga compte 12 livres, avec des virages plus sombres et une esthétique très années 2000, presque fairycore. Clairement, on voit la série.
À l’inverse, Witch et Wizard joue la carte de la dystopie. Whit et Wisteria Allgood, réveillés par la police en pleine nuit, apprennent que le New Order a criminalisé magie, art et musique. Séparés de leurs parents, ils découvrent leurs pouvoirs, s’évadent puis rejoignent une résistance installée dans un grand magasin abandonné. C’est signé James Patterson, et le premier tome suffirait déjà à une mini-série solide.
Lionboy, la dystopie climatique vue à hauteur d’enfant
Plus singulier encore, Lionboy place Charlie Ashanti dans une Terre abîmée par la crise climatique et la cupidité des entreprises. Ses parents, un professeur de médecine par les plantes et une scientifique-botaniste ghanéenne, sont enlevés. Lui peut parler aux chats.
Son voyage à travers l’Europe, jusqu’à une Venise transformée, mêle émerveillement, villes ruinées, technologies sobres et aventures avec une famille de lions libérée d’un cirque cruel. La trilogie aborde aussi trafic humain, droits des animaux, famille choisie et industrie pharmaceutique. Il y a bien eu une adaptation scénique par Complicité entre 2013 et 2015, mais toujours rien à l’écran.
The Scorpio Races, la plus cinégénique et la plus risquée
Et puis il y a The Scorpio Races. Sans doute le projet le plus évident, et le plus délicat. Sur l’île fictive de Thisby, entre Écosse et Irlande, on fait courir chaque mois de novembre des chevaux d’eau carnassiers, les Capaill Uisce, dans une tradition qui tient à la fois du folklore païen, du sacrifice ancien et de l’attraction touristique.
Le roman mêle horreur, romance, critique sociale et rapport presque sacré au paysage. Le vrai monstre n’est pas seulement la créature, mais aussi l’exploitation, du lieu comme des êtres. Pour la télé ou une mini-série, ce serait un pari. Justement pour ça, ça compte.