En bref
- Le doc ouvre à environ 14 millions d’euros
- Succès porté par Nathan Fielder et le bouche-à-oreille
- Un cas presque inédit pour un documentaire
Un documentaire de trois heures, tourné pour environ 6 millions d’euros (7 millions de dollars), vient de faire mieux que pas mal de fictions plus calibrées. A24 tient avec You Can See Everything un démarrage que personne ne voyait venir, et c’est précisément pour ça que ce week-end compte.
Un score qui n’a rien d’ordinaire
Le film consacré à Elizabeth Holmes a démarré à environ 14 millions d’euros (15 millions de dollars) sur le marché américain. Résultat, une deuxième place au box-office, juste derrière Street Fighter et ses environ 29 millions d’euros (31 millions de dollars).
Sauf que la comparaison dit presque tout. Street Fighter, c’est une grosse machine d’action tirée d’une licence mondiale. You Can See Everything, lui, n’était projeté que sur 855 écrans, avec une moyenne impressionnante de 17 543 dollars par salle. En gros, faire la moitié du score d’un blockbuster avec environ quatre fois moins d’écrans, pour un doc de trois heures, c’est rarissime.
Pourquoi le film attire autant
Le point de départ aide, quand même. Le film commence 34 jours avant l’entrée en prison de Elizabeth Holmes, qui accepte qu’une équipe suive chacun de ses gestes. Puis le portrait glisse sur trois ans et se déplace du scandale Theranos vers le personnage lui-même, ainsi que vers son compagnon Billy Evans.
Il y a aussi la réception critique. Le film affiche 98 % d’avis favorables sur Rotten Tomatoes, ce qui le place parmi les sorties larges les mieux accueillies de 2026. Ethan Anderton, de /Film, l’a décrit comme « un chef-d’œuvre déroutant, d’une manipulation qui fait fondre le cerveau ». Ce type d’éloge, pour un film pareil, peut vraiment faire bouger le public.
Et ce n’est pas tout. L’accès inédit à Holmes, déjà devenue une figure presque mythique du true crime, agit comme un aimant. La mini-série The Dropout avait raconté la chute de Theranos, mais pas dissipé le mystère autour d’elle. Le documentaire promettait justement ça. Avec, en prime, un acteur tenu secret qui alimente beaucoup le bouche-à-oreille.
L’effet Nathan Fielder, puis le basculement culturel
L’autre moteur, c’est Nathan Fielder. Depuis Nathan for You, puis surtout avec The Rehearsal sur HBO, il a construit une signature très identifiable, à la fois comique, documentaire et franchement tordue. La saison 2 de The Rehearsal lui a même ouvert un public plus large, bien au-delà du cercle des fans de départ.
Du coup, voir Fielder coréaliser ce film avec Lance Oppenheim sur Elizabeth Holmes, c’était déjà une promesse. Mais le vrai basculement vient d’ailleurs. Le film donne matière à parler, sans spoiler, avec un antagoniste dont beaucoup parlent déjà comme l’un des plus marquants de 2026. Pas juste un bon film. Un moment culturel auquel on veut participer.
Un précédent presque introuvable
Pour retrouver un lancement de cette taille sur un documentaire, il faut remonter à 2004. Fahrenheit 9/11 avait ouvert à environ 22 millions d’euros (23,9 millions de dollars) sur 868 écrans. Depuis, dans les années 2010 comme dans les années 2020, rien d’approchant n’a vraiment émergé.
Et c’est là que l’histoire devient intéressante pour la suite. Avec un budget déjà plus que remboursé en un week-end et une conversation qui déborde du cercle cinéphile, You Can See Everything rappelle qu’en salle, un documentaire peut encore devenir un événement. Pas souvent. Mais quand ça arrive, on le voit tout de suite.