En bref
- Un casting solide pour un film vite oublié
- Danny Greene affrontait la mafia italienne à Cleveland
- Le film souffre de comparaisons écrasantes
Avoir Ray Stevenson, Val Kilmer, Christopher Walken et Vincent D’Onofrio dans le même film mafieux, sur le papier, ça ressemble à une valeur sûre. Et pourtant, Kill the Irishman, sorti en 2011, a glissé hors du radar. C’est presque un cas d’école, un sujet fort, des visages connus, puis plus grand-chose dans la mémoire collective.
Un vrai destin criminel, entre ascension et guerre ouverte
Le cœur du film, c’est Danny Greene, surnommé l’Irlandais. Docker à l’origine, il grimpe, chute, puis remonte comme président syndical corrompu avant de devenir un chef criminel dans le Cleveland des années 1960 et 1970.
Dans ses dernières années, il entre en guerre contre la mafia italienne. La ville est alors secouée par une série d’attentats à la voiture piégée à la fin des années 1970, jusqu’à son assassinat en octobre 1977. Le film reprend aussi l’idée défendue par le livre To Kill The Irishman, publié en 1998 par l’ancien policier de Cleveland Rick Porello, selon laquelle cette guerre d’usure a accéléré le déclin de la mafia américaine.
Un casting qui relie Punisher, Rome et le cinéma mafieux
Le rôle principal revient à Ray Stevenson, mort en 2023 à seulement 58 ans. Beaucoup le connaissent pour Rome, où il incarnait Titus Pullo, ou pour The Punisher: War Zone, dans la peau de Frank Castle, un personnage qu’il aurait aimé jouer davantage.
Ce lien avec Punisher ne s’arrête pas là. Le film est réalisé par Jonathan Hensleigh, qui avait déjà signé The Punisher en 2004 avec Thomas Jane. Face à Stevenson, Val Kilmer joue le détective Joe Manditski, un policier fictif de Cleveland présenté comme une connaissance d’enfance de Greene. Autour d’eux, on retrouve aussi Christopher Walken en usurier Shondor Birns, Vincent D’Onofrio en capo John Nardi, Paul Sorvino en Tony Salerno et Steve Schirripa en éboueur lié au milieu, Mike Frato.
Le problème, c’est l’ombre de Goodfellas et des Sopranos
C’est là que le film se complique. À force d’aligner des figures associées à Goodfellas ou The Sopranos, il rappelle surtout au spectateur d’autres œuvres, plus fortes, plus nettes. Le critique Scott Tobias parlait d’allusions « peu flatteuses ». Le mot est bien choisi.
Par rapport à la clarté morale d’un Martin Scorsese, Kill the Irishman paraît trop fasciné par la posture héroïque de Greene. Son identité irlandaise devient presque un costume, celui d’un guerrier celte moderne. Même la voix off finale appuie cette lecture, puisque Joe Manditski suggère que la mafia de Cleveland ne s’est jamais remise de sa guerre contre lui, comme si Danny Greene avait, au bout du compte, fait le bien.
Une sortie trop discrète pour changer son destin
Le reste a suivi. Pas de large sortie en salles, un box-office à peine visible, et un film qui n’a jamais vraiment percé. Son histoire réelle reste pourtant assez folle.
Mais dans le cinéma mafieux, avoir un bon sujet ne suffit pas. Il faut aussi trouver une place entre les monuments. Et celle-ci, clairement, Kill the Irishman ne l’a jamais vraiment trouvée.