En bref
- Pennyworth relie Gotham à V for Vendetta
- La saison 3 introduit un faux V
- Des idées folles, une exécution trop inégale
Une série sur le majordome de Batman qui finit par convoquer V for Vendetta, il fallait quand même oser. C’est exactement ce qu’a tenté Pennyworth, sans doute l’une des curiosités les plus improbables sorties de l’écosystème DC à la télévision.
Le préquel du préquel, déjà une idée bancale
Au départ, le concept est presque trop simple pour être vrai. Après Gotham, série centrée sur James Gordon dans un monde saturé par les figures de Batman sans montrer vraiment Batman, Bruno Heller et Danny Cannon remontent encore le temps. Cette fois, le héros est Alfred Pennyworth.
La série se déroule au milieu des années 1960. On y suit un Alfred ancien soldat du SAS, qui monte sa société de sécurité et croise la route de Thomas Wayne et Martha Wayne. Jusque-là, bon. Sauf que le décor n’a rien d’un Londres historique classique. On est dans une uchronie, un monde parallèle où l’Allemagne domine l’essentiel de l’Europe.
Quand la série glisse carrément vers V for Vendetta
Le vrai virage arrive en saison 3, ajoutée du sous-titre The Origin of Batman’s Butler. La série y introduit Francis Foulkes, un artiste flamboyant qui cache son identité derrière un masque de Guy Fawkes. Pas le V que vous avez en tête, plutôt un ancêtre très lointain, et beaucoup plus flou dans ses motivations.
Son plan repose sur une drogue de contrôle mental destinée à soumettre toute la population de Londres. Problème, la série n’explique jamais vraiment où elle veut aller avec cette idée, puis elle est annulée avant d’explorer ce fil jusqu’au bout. Résultat ? Un crossover conceptuel plus qu’un vrai croisement narratif.
Les clins d’œil restent là, pourtant. Un groupe fasciste tente de prendre le pouvoir en Grande-Bretagne, comme un prototype de Norsefire. Et ce monde alternatif pousse loin le curseur, avec Miami et Kyiv ravagées par le nucléaire, tandis que Jimmy Savile y est exécuté en direct à la télévision.
Une folie par éclairs, pas une ligne claire
Ce qui frappe, c’est que Pennyworth marche surtout quand elle accepte d’être franchement excessive. Alfred y a une liaison avec la reine Elizabeth II, la saison 3 ajoute des personnages dotés de pouvoirs, et une première version de Clayface apparaît aussi. Ah, et Bruce Wayne a désormais une sœur.
Mais entre ces pics de bizarrerie, la série traîne. Une large partie de la saison 2 tourne autour d’Alfred qui veut économiser pour partir en Amérique, avant de renoncer au dernier moment. Pour une série avec un terrain de jeu pareil, c’est un peu maigre. Même l’explosion nucléaire au centre de Londres en fin de saison 3 arrive trop tard pour tout relancer.
Pourquoi ce ratage partiel reste intéressant
Le plus frustrant, c’est qu’on voit ce que la série aurait pu devenir. Gotham avait fini par comprendre que son intérêt venait justement de son absence de retenue, en brassant aussi bien Penguin que Professor Pyg, ou en recyclant Death of the Family et No Man’s Land sans chevalier noir au centre.
Pennyworth touche parfois cette même énergie, puis recule. Bref, la série reste un objet très étrange, souvent bancal, parfois brillant. Et elle rappelle un truc assez simple sur les adaptations comics, la télé devient vraiment intéressante quand elle cesse de chercher la légitimité et assume enfin ses idées les plus folles.