Margaret Atwood voit plus qu’une censure avec La Servante écarlate

Margaret Atwood ne parle plus seulement de livres retirés des rayons. L’autrice de La Servante écarlate y voit désormais un symptôme politique plus large.

The Handmaid's Tale
Image d'illustration. The Handmaid's Tale — Hulu / PR-ADN

En bref

  • Margaret Atwood juge la période plus inquiétante
  • La Servante écarlate reste très souvent interdite
  • L’autrice alerte sur une dérive autocratique

Margaret Atwood ne voit plus les interdictions de La Servante écarlate comme de simples escarmouches culturelles. Cette fois, l’autrice canadienne y lit le signe d’un climat politique plus large, au point d’évoquer en 2025 un possible effondrement américain et une tentation autocratique.

Quand la censure change de dimension

Ce qui frappe, c’est moins l’existence d’un nouveau bannissement que le ton d’Atwood. Elle a l’habitude de voir son roman visé. Mais dans sa prise de parole de 2025, elle dit en substance que les États-Unis, à l’extérieur, paraissent renoncer à leur place de puissance dominante et, à l’intérieur, tourner le dos à leur image d’ancienne démocratie libérale ouverte.

Elle estime que le pays flirte désormais avec le type d’autocratie auquel il s’opposait autrefois. Bon, ce n’est pas une formule lancée à la légère. Chez elle, c’est une vraie alarme.

Un roman souvent visé, et pas par hasard

Le paradoxe, c’est que La Servante écarlate est loin d’être un nouveau sujet de discorde. D’après l’American Library Association, le roman de 1985 était le 29e livre le plus interdit des années 2010.

Plus récemment, l’ouvrage a été retiré par le conseil scolaire d’Edmonton. Deux ans plus tôt, même scénario dans le comté de Madison, en Virginie. Dans les deux cas, le motif avancé portait sur son contenu sexuel explicite.

Le paradoxe qu’Atwood pointe depuis des années

Atwood avait déjà répondu frontalement à ce type d’argument. Dans un essai publié par The Atlantic, intitulé Go Ahead and Ban My Book, elle écrivait, à propos de cet épisode, « Cela me laisse perplexe, en partie parce que mon livre est bien moins sexuellement explicite que la Bible, et je doute que le conseil scolaire ait ordonné son expulsion. »

Et ce n’est pas tout. L’autrice rappelle depuis longtemps qu’un livre interdit devient souvent encore plus désirable, surtout pour les jeunes lecteurs. En gros, plus on retire un titre des étagères, plus on attire l’attention dessus.

Ce qu’elle redoute désormais pour les auteurs

Lors du congrès du PEN à Cracovie, peu après l’affaire d’Edmonton, elle a élargi son propos. Selon elle, l’un des signes avant-coureurs d’une prise de pouvoir autocratique consiste à chercher à contrôler les écrivains et les artistes, soit en les censurant, soit en leur dictant l’art qu’ils doivent produire.

Elle ajoute que les leviers sont souvent l’argent et les procédures judiciaires, des outils très efficaces parce que la plupart des gens ayant un emploi hésitent à défier une autorité capable de les sanctionner. Résultat ? La question ne porte plus seulement sur un roman retiré d’un programme scolaire.

Atwood va même jusqu’à évoquer le spectre de Fahrenheit 451, avec l’idée qu’un jour posséder des textes jugés subversifs pourrait devenir risqué. Dans cette logique, lire La Servante écarlate, mais aussi MaddAddam, ne serait plus un geste neutre. Et c’est là que son avertissement dépasse largement la littérature.

Morgan Fromentin

Spécialiste Pop Culture

Depuis 2018, je décrypte l'actualité technologique ainsi que les dernières nouveautés cinéma et séries sur Begeek.fr.

X Tous ses articles →
Une erreur dans cet article ?

Nous apportons le plus grand soin à chaque article et nous appuyons sur des sources fiables. Personne n'est à l'abri d'une erreur : si vous en repérez une, signalez-la, nous la corrigerons au plus vite.

Sujets
Séries TV The Handmaid's Tale

Lisez Begeek en priorité sur Google

Ajoutez-nous à vos sources préférées : nos articles remonteront plus haut dans votre actualité.

Ajouter à mes sources

À découvrir

La suite, sélectionnée pour vous.