En bref
- Fleabag n’aura pas de saison 3
- Douze séries prolongent ses obsessions
- Pas les mêmes codes, souvent la même blessure
Ce qui manque après Fleabag, ce n’est pas juste une héroïne brillante et ingérable. C’est une mécanique plus rare, ce mélange de comédie acide, de deuil, de désir et de confidences face caméra qui vous rend presque complice. La série de Phoebe Waller-Bridge, née d’un seule-en-scène joué à Édimbourg en 2013, s’est arrêtée après une saison 2 pensée comme une vraie fin. Belle, un peu cruelle, ouverte juste ce qu’il faut.
Ce que ces séries reprennent de Fleabag
On pouvait espérer une saison 3. Il n’y en aura pas. Du coup, le plus intéressant est ailleurs, dans les séries qui attrapent une partie du même ADN sans le recopier.
Certaines gardent l’intimité directe avec le spectateur, comme High Fidelity, où Zoë Kravitz joue une disquaire new-yorkaise qui parle à la caméra, trie ses ex comme des playlists et s’abîme dans ses propres classements. Dommage, Hulu l’a stoppée après une seule saison.
Romance toxique, désir et villes hostiles
Si ce que vous cherchez, c’est la part sentimentale, il y a du choix. You’re the Worst suit deux adultes franchement invivables, Jimmy et Gretchen, sur cinq saisons. La série parle aussi de dépression clinique, de stress post-traumatique et du deuil d’un parent violent. C’est rude, parfois hilarant.
Dans un registre plus désordonné encore, Catastrophe transforme une aventure de six jours entre Rob et Sharon en relation improvisée après une grossesse surprise. This Way Up, elle, observe la reconstruction lente d’Aine après une dépression nerveuse. Et Shrill donne à Aidy Bryant un vrai terrain de jeu pour parler grossophobie, travail, sexualité et estime de soi.
Le trauma, mais sans anesthésie
Il y a aussi des séries qui gardent surtout la douleur. Russian Doll envoie Nadia, développeuse de jeux, dans une boucle temporelle où elle meurt sans cesse. Sous le concept, il y a l’addiction, les mécanismes d’autodestruction et le trauma transmis. Natasha Lyonne promettait une saison 2 identique en esprit, mais plus étrange.
I Hate Suzie pousse l’inconfort très loin avec une ex-star ado dont la vie déraille après le piratage de son téléphone et la fuite de photos privées. I May Destroy You, créée et portée par Michaela Coel, regarde en face l’après-agression sexuelle. Et Dead to Me transforme le chagrin de deux femmes, Jen et Judy, en spirale de secrets, entre mélodrame et humour noir.
La galaxie Phoebe Waller-Bridge et les détours de forme
Pour retrouver plus directement la patte de Phoebe Waller-Bridge, il y a Crashing, qu’elle a créée avant Fleabag. Six épisodes seulement, autour de colocataires installés dans un ancien hôpital. C’est court, foutraque, assez charmant quand même.
Et puis il y a les détours. Killing Eve applique cette écriture piquante au thriller d’espionnage, avec Eve et Villanelle prises dans une obsession mutuelle. Undone passe par l’animation rotoscopée et un accident de voiture pour interroger le temps et la réalité. Crazy Ex-Girlfriend, enfin, remplace le regard caméra par des numéros musicaux pour raconter la maladie mentale et les schémas amoureux toxiques.
Ce n’est pas une copie de Fleabag. Clairement, c’est mieux que ça. Ces séries montrent surtout une chose, la télévision a appris à laisser les femmes être drôles, abîmées, contradictoires, et ça change tout.