En bref
- Neil Rimer voit venir une redistribution des richesses IA.
- La philanthropie recule, la pression politique monte.
- L’histoire américaine a déjà suivi ce chemin/
L’argent de l’IA s’accumule à une vitesse absurde, et ce n’est plus juste un sujet pour tableurs de fonds d’investissement. Quand 45 nouveaux milliardaires liés à l’IA pèsent ensemble 2900 milliards de dollars, vous sentez bien que la question finit par sortir de la Silicon Valley pour devenir politique. Même avant les éventuelles introductions en Bourse d’OpenAI et d’Anthropic, on parle déjà d’un pactole qui tord le paysage.
L’argent de l’IA grossit plus vite que les garde-fous
Le cas le plus frappant reste Elon Musk, désormais au-dessus des 1000 milliards de dollars après l’IPO de SpaceX. Et ce n’est qu’un sommet parmi d’autres. D’après Forbes, la vague IA a créé à elle seule 45 nouveaux milliardaires dans son classement 2026.
Côté macro, le haut du panier capte toujours plus. Le top 1% des ménages américains détenait 31,7% de la richesse au troisième trimestre de l’an dernier, soit autant ou presque que les 90% situés sous le top 10% réunis. Et si l’on zoome sur l’ultra-sommet, l’économiste Gabriel Zucman estime qu’une poignée de 19 foyers vaut aujourd’hui 14% du PIB américain, contre 4% pour les quatre plus grosses fortunes vers 1910. Là, on n’est plus dans la success story, on est dans le basculement d’époque.
Neil Rimer, gagnant du système mais pas aveugle
Ce qui rend la sortie de Neil Rimer intéressante, c’est qu’elle vient d’un homme qui a largement profité de cette machine. Le cofondateur d’Index Ventures, retiré de l’investissement quotidien depuis 2021, a expliqué sentir venir une redistribution, volontaire ou non, et espérer la première option.
Son fonds a levé environ 15 milliards de dollars depuis sa création. Rien que l’an dernier, avec l’IPO de Figma et le rachat de Wiz par Google, Index aurait empoché autour des 9 milliards de dollars. En parallèle, Neil Rimer siège chez Endeavor Greece, a présidé le conseil de Human Rights Watch de 2019 à 2025, et sa famille a donné 13 millions de dollars à McGill University en 2021.
La philanthropie tech patine, la politique s’invite
Le souci, c’est que le volontariat ne suit pas. Le Giving Pledge, lancé par Warren Buffett et Bill Gates, s’essouffle franchement, avec seulement quatre familles signataires en 2024. Et pendant que les dons caritatifs américains ont atteint un record de 592,5 milliards de dollars en 2024, le nombre réel de donateurs baisse depuis cinq ans. Même les foyers aisés donnent moins.
Le réflexe des nouveaux riches de l’IA va d’ailleurs ailleurs. Chez Anthropic, malgré un dispositif qui double les dons des salariés jusqu’à 25% de leur part en actions, le conseiller financier Alex Caswell observe surtout des envies d’angel investing ou de création d’entreprise. Bref, pas mal de gens préfèrent réinvestir que redistribuer.
L’histoire américaine a déjà écrit ce scénario
Quand le don cale, l’impôt débarque. En Californie, les électeurs doivent se prononcer cette année sur une taxe exceptionnelle de 5% sur la fortune des milliardaires. Des figures comme Sergey Brin et Larry Page ont déjà déplacé leur résidence principale vers le sud de la Floride. OpenAI, de son côté, aurait même envisagé de céder 5% de son capital au gouvernement fédéral, officiellement pour partager les gains de l’IA avec le public. Les critiques y voient surtout une couverture politique.
Tout ça rappelle un vieux script américain. D’abord Andrew Carnegie et son appel à redistribuer de son vivant. Puis, quand ça ne suffit plus, Huey Long et les grosses taxes poussées ensuite par Franklin Roosevelt. Rimer, lui, semble surtout dire une chose, et elle sonne juste, quand même : l’industrie peut choisir la manière douce, ou attendre que l’histoire choisisse à sa place.