En bref
- Carrie version série tire vers les super-héros
- Jean Grey sert de parallèle évident
- L’horreur y perd un peu au passage
Le plus frappant avec la nouvelle Carrie, c’est peut-être ça. À force de pousser la logique des pouvoirs psychiques, Mike Flanagan finit par rapprocher son héroïne d’une figure de comics bien plus que d’un pur monstre tragique de l’horreur. Et ce glissement n’a rien d’anodin.
Quand Carrie commence à parler le langage des mutants
Sur le papier, l’idée se tient. La série en huit épisodes donne à Carrie White, jouée par Summer H. Howell, plusieurs moments où elle teste ses capacités. On la voit par exemple immobiliser la tête de Chris, incarnée par Alison Thornton, jusqu’à lui provoquer un saignement de nez.
Mais la vraie bascule vient d’Emaline, jouée par Thalia Dudek. Ce personnage inédit agit comme une voix sur l’épaule de Carrie, avant d’être révélé comme une autre jeune fille psychique aux intentions floues. Ajoutez à ça un groupe de télépathes attiré par le pouvoir de Carrie, et l’ensemble évoque autant les X-Men que, dans une version plus sombre, le Hellfire Club. Clairement, on n’est plus seulement dans le récit d’horreur.
Jean Grey, le miroir le plus évident
Ce parallèle saute d’autant plus aux yeux que 2025 a aussi remis Jean Grey en avant. Dans Spider-Man: Brand New Day, Sadie Sink incarne une nouvelle version du personnage, et le film prend un virage inattendu en en faisant sa principale antagoniste.
Ici, Jean n’a pas grandi sous la tutelle du Professeur X. Elle reste profondément tragique, puisqu’elle cherche surtout à sauver sa sœur Sara, jouée par Olivia Booth-Ford, enlevée par le gouvernement. Le troisième acte repose d’ailleurs sur Peter Parker, incarné par Tom Holland, qui tente de l’empêcher de déchaîner ses pouvoirs sur Manhattan après avoir appris la mort de Sara.
La comparaison avec Carrie ne date pas d’hier. Des critiques et des universitaires rapprochent depuis longtemps les deux personnages, et Dark Phoenix reste le point de jonction le plus évident.
Le poids de l’histoire de Jean Grey
Car Jean Grey existait bien avant Carrie, dès 1963 dans X-Men #1. À ses débuts, sous le nom de Marvel Girl, elle apparaît plutôt fragile. Puis, dans les années 1970, Chris Claremont la refonde en Phoenix avec une intention féministe. Il expliquait en 2019 au Portland Mercury qu’à l’époque, des femmes jugées compétentes pouvaient aussi être perçues comme inquiétantes.
Le problème, c’est que Jean reste presque indissociable de The Dark Phoenix Saga, écrite par Chris Claremont et John Byrne en 1980. Deux adaptations cinéma l’ont déjà exploitée, avec Famke Janssen puis Sophie Turner. Et comme Brand New Day assombrit le personnage dès le départ, on imagine assez bien Sadie Sink y passer aussi. Le film va loin, jusqu’à montrer Jean prendre le contrôle télépathique de MJ, jouée par Zendaya, pour la faire sauter d’un immeuble.
Une lecture assumée par Flanagan, mais risquée
Bon, cette contamination comics ne sort pas de nulle part. Stephen King est lui-même un lecteur de comics, et Firestarter ressemble déjà à une variation spirituelle des X-Men. Mike Flanagan partage aussi ce goût-là.
Dans un entretien à Entertainment Weekly, il expliquait avoir voulu explorer l’idée que Carrie n’est qu’un cas parmi d’autres femmes très douées psychiquement, en s’appuyant sur le « gène TK » et la toile de fond scientifique évoqués par Stephen King. L’intention est cohérente. Mais à l’écran, elle pousse tellement Carrie vers la logique du super-vilain mutant que l’horreur pure se dilue. Résultat, la série ressemble parfois moins à Brian De Palma qu’à une origin story Marvel un peu tordue.
Et c’est sans doute là que tout se joue. Carrie est disponible sur Prime Video, mais ce qu’elle raconte dépasse son cas: quand la culture super-héroïque avale même ses tragédies les plus intimes, le fantastique change de nature.