Google Stadia : une bêta payante incomplète, notre avis sur le “futur du jeu vidéo”

Par Jordan Servan,  publié le 2 décembre 2019 à 13h00, modifié le 3 décembre 2019 à 14h06.
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Pop Culture
Notre avis sur Google Stadia après plus d'une semaine d'utilisation.

Notre avis sur Google Stadia après plus d'une semaine d'utilisation. Google

Après un peu plus d'une semaine d’utilisation, le service de jeux vidéo en streaming de Google déçoit et ne tient pas toutes ses promesses.

Avec sa plateforme cloud gaming Stadia, le géant américain Google souhaite se faire une place de taille dans l’industrie vidéoludique en proposant une expérience qui mise sur l’instantanéité. Aucun téléchargement, aucune mise à jour, aucun patch, aucune installation, c’est la promesse de la firme de Mountain View. Ainsi, le but est de pouvoir jouer sur n’importe quel écran (télévision, smartphone, ordinateur, tablette) sans devoir patienter. Il ne suffit que d’une manette, un Chromecast Ultra et une connexion internet (WiFi et Ethernet) pour s’immerger dans l’univers de nombreux AAA (22 jeux sont pour le moment disponibles, dont une seule exclusivité). Mais comme n’importe quel service de ce type (Shadow Blade, PlayStation Now, Vortex Cloud Gaming ou encore Nvidia GeForce Now), un abonnement est nécessaire. Google Stadia donne le choix aux joueurs entre une formule payante (9,99 euros par mois) et une formule gratuite (disponible début 2020). La première est censée donner accès à la résolution 4K avec du 60fps (requiert du 35 Mbits/s ou plus), tandis que la deuxième offre une résolution bridée à 1080p (requiert un peu plus de 10 Mbits/s ou plus).

Un lancement honteux pour un service ambitieux

Stadia de Google est amputée de nombreuses fonctionnalités depuis sa sortie, alors qu’elles avaient été présentées lors de la première conférence dédiée à la plateforme de la célèbre structure basée dans la Silicon Valley : Stream Connect (coop locale), Crowd Play (lobby entre un streamer et sa communauté), State Share (partager une sauvegarde), Family Sharing (partage familial de la bibliothèque de jeux), l’interface pour les trophées, l’intégration de YouTube, le streaming en 4K HDR (et son surround 5.1), l’assistant Google, partager des captures d’écrans et vidéos, l’utilisation d’une manette sans fil et l’impossibilité d’acheter des jeux via navigateur (PC et Mac). Là où Google fait également mal les choses avec Stadia, c’est au niveau de son catalogue de jeux. Si les clients doivent acheter à l’unité chacun des titres (la boutique n’est accessible que sur l’application mobile, tout comme les réglages de la qualité d’image), en plus d’un abonnement, les prix sont scandaleusement chers pour du dématérialisé, surtout si on fait un comparatif avec ceux des versions physiques pour les consoles de Sony (PS4, PS4 Pro) et Microsoft (Xbox One, Xbox One X).

Les jeux Google Stadia sont visuellement moins beaux que sur consoles ou PC

Le paramétrage du service de Google est fluide, tout en étant simpliste. Il suffit d’activer son compte avec l’application mobile et une adresse gmail (uniquement cette messagerie pour l’instant). Stadia permet de commencer sa partie sur un téléviseur, de la poursuivre sur un ordinateur et de la terminer sur un smartphone, la transition est vraiment bluffante. Les sauvegardes sont directement accessibles grâce au cloud. Dans le cadre de notre test, nous avions une TV 4K 55 pouces Philips 55PUS6561, un Macbook (édition 2015 avec écran Retina), un Asus Chromebook Flip C434 (écran NanoEdge), le meilleur du marché sous Chrome OS, et un Pixel 3a (l’un des photophones les plus performants du moment et indispensable pour Stadia). Concernant les connexions, la fibre et l’ADSL ont permis de juger les jeux en qualité 720p, 1080p et 4K. Si Google est exemplaire au niveau de la latence (quasi-absente sur l’ensemble des jeux jouables), visuellement on est très loin, mais vraiment très loin de ce qui était vendu au départ. On varie entre bouillie de pixels, compression vidéo (filtre flou), graphismes dégradés, perte de flux et par moments sautes de sons/images ou grésillements. Le rendu sur une TV adaptée (avec l’aide d’un Chromecast Ultra) est souvent meilleur, même si l’aspect streaming est encore trop présent. Ceci dit, c’est relativement moins visible sur un téléphone Google de la gamme Pixel, la taille de l’écran aidant à ne pas voir correctement le massacre.

Stadia Controller, une manette qui rassemble pratiquement le meilleur de la concurrence

Pour la manette de Stadia, Google a décidé de s’inspirer de l’ergonomie du contrôleur Pro de la Switch et des sticks symétriques de la PS4, tout en ajoutant des gâchettes souples avec d’excellents retours. Les finitions sont impeccables, même si la croix directionnelle n’est pas vraiment compatible avec les jeux de combat. Classique et agréable, elle est encore loin des meilleures manettes du marché. La recharge en USB-C et l’entrée jack pour connecter des écouteurs sont néanmoins forts appréciables. A noter qu’il est nécessaire de la brancher sur PC et mobiles pour lancer Google Stadia. Enfin, plusieurs boutons sont inutiles pour le moment car liés aux fonctionnalités absentes.

Stadia n’est pas prêt, Stadia n’est pas le futur du jeu vidéo

En l’état, il est plus que préférable de ne pas se laisser tenter par Google Stadia, même avec une bonne connexion. A ce jour, rien ne vaut une console (PS4, Xbox One, Nintendo Switch) ou un PC avec une configuration performante qui permet de faire tourner les jeux du moment. Cependant, l’arrivée de la formule gratuite et d’importantes fonctionnalités dès l’année prochaine pourraient sérieusement relancer un intérêt, au moins du côté du grand public, pour la plateforme cloud gaming, surtout si des améliorations sont réellement visibles. Google a évidemment du pain sur la planche pour améliorer son offre (catalogue très restreint, qualité graphique souvent catastrophique), d’autant plus que le Project xCloud de Microsoft s’annonce largement au-dessus, et que sa bêta est elle totalement gratuite.

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