En bref
- Une suite à E.T. a bien existé sur le papier
- Steven Spielberg la refuse depuis des décennies
- Le casting original ne pousse pas non plus
Le paradoxe est là. E.T. l’extra-terrestre a été l’un des plus gros succès du cinéma mondial, et pourtant Steven Spielberg passe son temps à rappeler qu’il ne veut surtout pas de suite.
Un carton mondial, mais pas un film pensé pour durer en franchise
Sorti le 11 juin 1982, E.T. a squatté le top 10 du box-office américain jusque dans l’année 1983. À l’échelle mondiale, le film est même resté numéro un historique jusqu’à ce que Spielberg se dépasse lui-même, dix ans plus tard, avec Jurassic Park.
Ce qui frappe, avec le recul, c’est que ce triomphe ne reposait pas sur la démesure. Pas de grand spectacle à la Star Wars, pas de machine à sensations. Le cœur du film, c’est un enfant de parents divorcés, Elliott, qui crée un lien avec un visiteur perdu et terrifié. Les spectateurs y retournaient pour l’émotion, pas pour l’adrénaline. Et c’est précisément ce qui rend l’idée d’un E.T. 2 si bancale.
Spielberg a fermé la porte depuis longtemps
Au début, pourtant, l’idée a circulé. Pendant l’exploitation du film en salles, Spielberg a envisagé une suite. Mais il a durci sa position avec le temps. Devant le public de l’American Film Institute, il expliquait qu’une suite pouvait être dangereuse pour un artiste et qu’un second épisode ne ferait, selon lui, que voler au film original sa pureté.
Sa logique est limpide. Pour lui, E.T. appartient à cette catégorie rare de films qu’on abîme en les prolongeant. À 76 ans, il choisit ses projets avec davantage de soin et a déjà quitté une autre de ses grandes franchises, Indiana Jones. Bon, il ne va clairement pas rouvrir celle-ci.
Même les acteurs préfèrent laisser le film tranquille
C’est presque le plus parlant. Henry Thomas, l’interprète d’Elliott, estime que le film devrait être laissé en paix, tout en rappelant qu’un studio avait bien poussé pour une suite au début des années 1980. Il ajoutait en 2022 que la disparition de Melissa Mathison, scénariste du film, changeait tout.
Même son de cloche chez Drew Barrymore. En 2018, elle racontait que Spielberg ne voulait pas vraiment en faire un autre et lui avait très tôt dit « Non, nous n’allons jamais faire de suite, c’est comme ça ».
Il y a bien eu cette publicité xFinity qui réunissait Elliott et E.T.. Mais pour Thomas, c’était justement le plus proche de ce qu’on aura jamais d’une vraie suite.
Le projet abandonné était bien réel, et franchement trop sombre
Le plus surprenant, c’est qu’un traitement a bel et bien existé. Son titre, E.T. Nocturnal Fears. Son ton, beaucoup moins tendre.
Dans cette version, une branche carnivore de l’espèce d’E.T. repérait les coordonnées envoyées dans l’espace via un Speak et Spell bricolé. Gertie, Michael et Elliott croyaient retrouver leur ami, avant d’être capturés et torturés par ces aliens hostiles. Les adultes, Mary et Keys, devaient ensuite partir les sauver, avant le retour final d’E.T..
Vu aujourd’hui, on comprend mieux pourquoi cette piste a été abandonnée. Sans Melissa Mathison, sans la voix de Pat Welsh, sans l’artisan de la créature Carlo Rambaldi, et avec un John Williams en fin de parcours, une suite n’aurait sans doute gardé que le nom. Et c’est peut-être la leçon la plus intéressante, quand un film vit encore quarante ans après, le vrai risque, c’est de confondre mémoire et recyclage.