En bref
- Quatre flops comics devenus cultes
- Howard the Duck était le premier film Marvel
- Scott Pilgrim reste le cas le plus fort
Un échec en salles ne raconte pas toute l’histoire. Dans le cinéma tiré de comics, c’est même parfois l’inverse, le public met des années à rattraper un film que le box-office avait enterré un peu vite.
Le box-office oublie vite, la pop culture beaucoup moins
Aujourd’hui, voir un film de super-héros se planter ressemble presque à une anomalie. Quand Ant-Man and the Wasp: Quantumania, Green Lantern, Justice League ou The Flash déçoivent, ça fait événement. Pendant longtemps, c’était pourtant la norme, pas l’exception.
Certains de ces ratés ont disparu. D’autres ont trouvé une seconde vie, soit parce que leur côté bancal est devenu attachant, soit parce qu’un acteur, une mise en scène ou une esthétique ont été relus autrement avec le temps. C’est là que naît le culte, pas dans les chiffres, dans la mémoire collective.
Le cas le plus improbable, le tout premier film Marvel au cinéma
Le plus étonnant reste sans doute Howard the Duck. Sorti en 1986, c’est le premier long-métrage Marvel lancé au cinéma. Choix curieux, quand même, d’autant que le projet avait d’abord été pensé comme un film d’animation avant de basculer en prise de vues réelles.
Le résultat n’a pas convaincu grand monde à l’époque. Avec un budget d’environ 34 millions d’euros (37 millions de dollars), le film n’a rapporté qu’environ 35 millions d’euros (37,9 millions de dollars). Son humour, son ton et surtout le design du personnage ont été démolis. Certains le rangent encore parmi les pires films jamais produits.
Mais sa bizarrerie a fini par faire sa force. Son look pratique, très tangible, parle aujourd’hui à un public saturé de CGI. Et ses apparitions dans Guardians of the Galaxy puis en arrière-plan dans Avengers: Endgame ont clairement ravivé sa cote.
Quand le kitsch devient un argument
Il y a aussi Barb Wire, adaptation d’un comic Dark Horse que pas mal de monde ne rattache même pas à une BD. Malgré la présence de Pamela Anderson, alors portée par Baywatch, le film n’a ramené qu’environ 3 millions d’euros (3 millions de dollars) pour un budget inférieur à 9 millions d’euros (10 millions de dollars). Les critiques l’ont laminé, et les nominations aux Golden Raspberry Awards n’ont rien arrangé. Aujourd’hui, son côté série B assumée joue presque en sa faveur.
Autre cas parlant, Flash Gordon. En 1980, son esthétique paraissait déjà un peu ringarde, comme une réponse maladroite à Star Wars. Ironie de l’histoire, George Lucas avait tenté d’adapter Flash Gordon avant de créer Star Wars. Le film a généré environ 25 millions d’euros (27 millions de dollars), soit à peu près son budget. Sauf que, lui, la critique l’aimait bien. Depuis, les clins d’œil dans Ted ou Avengers: Infinity War, plus un documentaire nourri d’interviews de Stan Lee et Robert Rodriguez, ont cimenté son statut.
Scott Pilgrim, le flop devenu référence moderne
Puis il y a Scott Pilgrim vs. the World, probablement le cas le plus parlant de l’ère moderne. Sorti en 2010, le film d’Edgar Wright mélange BD et jeu vidéo avec des onomatopées, des jauges de vie à l’écran et une énergie visuelle qui n’a pas pris une ride.
La critique l’avait soutenu, pas le public. Pour un budget situé entre 55 et 78 millions d’euros (60 à 85 millions de dollars), il n’a récolté qu’environ 43 millions d’euros (47 millions de dollars). Depuis, sa popularité n’a cessé de grimper. Fidélité au comic, casting devenu fou avec Brie Larson, Chris Evans et Aubrey Plaza, bande-son, mise en scène, tout a été réévalué. Résultat, une lecture réunissant l’équipe pendant la pandémie, puis Scott Pilgrim Takes Off sur Netflix.
Ce que racontent ces films dépasse leur simple revanche. On voit surtout comment la culture geek recycle ses échecs, les remixe, puis leur donne une valeur que le marché n’avait pas su mesurer.