La saison 5 de For All Mankind a manqué le coche avec sa révolution martienne

Image d'illustration. For All MankindApple TV / PR-ADN
La conclusion de la cinquième saison de For All Mankind, centrée sur la révolution martienne, a déçu nombre de spectateurs. Le final n’a pas su exploiter pleinement les enjeux dramatiques ni satisfaire les attentes liées à cette intrigue ambitieuse.
Tl;dr
- Finale minimise les responsabilités des militaires sur Mars.
- Résolution du conflit jugée artificielle et peu crédible.
- Les choix scénaristiques nuisent aux enjeux de la série.
Une confrontation martienne au prisme de l’ambiguïté morale
En lançant sa cinquième saison, la série For All Mankind semblait tracer une frontière nette : celle qui oppose les colons martiens issus de la classe ouvrière à un entrepreneur milliardaire et aux puissances terrestres (les fameuses M-6 Nations) déterminées à maintenir leur contrôle économique sur la planète rouge. Ce contexte posait les bases d’un conflit où chaque camp savait pourquoi il se battait, jusqu’à l’inévitable escalade violente tant redoutée.
Mais voilà que l’épisode final, intitulé « This Land is Our Land », s’embourbe dans des choix scénaristiques pour le moins contestables. Alors que les rebelles menés par Miles Dale (Toby Kebbell) luttent corps et âme – quitte à s’allier aux Soviétiques – pour défendre leur mode de vie, le récit, par le biais d’Aleida Rosales (Coral Peña), introduit un malaise inattendu. On y questionne en effet la légitimité de leurs méthodes sans jamais appliquer ce même regard critique aux soldats venus reprendre la base de Happy Valley à tout prix.
L’artificielle symétrie des torts dans le dénouement
Le cœur du malaise surgit lors de scènes clefs opposant Alex (Sean Kaufman), jeune « Marsie » meurtri, et la militaire A.J. Jarrett (Ines Asserson). Après un tir accidentel sur son ami Marcus Haskell (Barrett Carnahan), Alex se retrouve à partager avec A.J. un moment d’introspection étonnamment détaché. Le spectateur se voit ainsi convié à éprouver une empathie identique pour les civils acculés et pour ceux ayant choisi d’intégrer l’OPEF (Off-Planet Expeditionary Force), bras armé du pouvoir central.
Il devient alors difficile d’ignorer cette impression que la série peine à assumer le réel poids de ses enjeux. Non seulement les soldats exécutent leurs ordres avec froideur sans remise en cause profonde, mais l’écriture finit par présenter tous les acteurs comme également fautifs — une équivalence morale qui semble peu cohérente avec la dureté des faits exposés.
Une résolution pacifique en porte-à-faux avec l’histoire racontée
On comprend aisément que les scénaristes aient cherché à offrir une conclusion empreinte d’humanisme, insistant sur l’idée que toute violence est condamnable et qu’une désescalade reste la voie privilégiée. Toutefois, cette volonté affichée entre en collision directe avec la construction dramatique amorcée dès le premier épisode. Les spectateurs assistent ainsi à un cesser-le-feu dont les justifications paraissent forcées : aucune conséquence réelle n’est assumée ni pour l’OPEF, ni pour Miles — promu malgré ses actes —, ni même pour Dev Ayesa (Edi Gathegi), dont la responsabilité première s’efface derrière une nouvelle plantation agricole.
Pourtant, cette saison contenait certains des moments les plus marquants de toute la série. Mais en optant pour une résolution aussi consensuelle qu’irréaliste, For All Mankind, au lieu d’enrichir son propos politique déjà brûlant (allusion claire aux conflits modernes comme celui en Irak ou à Gaza), termine sur une note discordante où nombre d’enjeux demeurent suspendus.
Bilan mitigé pour une saga pourtant ambitieuse
Ce final laisse un goût amer : à force de ménager toutes les sensibilités, il brouille son message central et dilue l’intensité dramatique construite tout au long de la saison. Les choix opérés minent ainsi la portée des arcs narratifs principaux et interrogent sur ce qu’il reste, finalement, du souffle originel de For All Mankind.