1941 : le raté qui a servi de tremplin à Indiana Jones

Image d'illustration. 1941A-Team Productions / PR-ADN
Sous les décombres de 1941, Steven Spielberg trouve l’étincelle d’Indiana Jones.
Tl;dr
- 1941 devait être un triomphe pour Steven Spielberg, mais après un montage écourté et un accueil mitigé, il fut considéré comme son plus grand échec.
- Certaines idées techniques du film ont pourtant servi directement à Raiders of the Lost Ark, notamment un modèle réduit de sous-marin réutilisé par ILM.
- Un gag comique coupé de 1941 a finalement trouvé sa place dans Raiders, prouvant la capacité de Steven Spielberg à recycler ses échecs pour en faire des succès.
Une traversée difficile pour 1941
Difficile d’imaginer aujourd’hui, mais à la veille de sa sortie en décembre 1979, le film 1941 semblait promis à un triomphe. Réalisé par Steven Spielberg, auréolé de ses récents succès avec Les Dents de la mer et Close Encounters of the Third Kind, le long-métrage rassemblait une pléiade de stars telles que Toshiro Mifune, Warren Oates, ou encore les jeunes comiques Dan Aykroyd et John Belushi. Pourtant, rien ne s’est passé comme prévu. Après des coupes imposées au montage — passant de 146 à 118 minutes — et une réception publique mitigée, le film s’est vu attribuer l’étiquette peu enviable de plus grand échec de la carrière du cinéaste.
L’héritage inattendu du fiasco
Avec le recul, la perception de ce film s’est nuancée. Mais son passage à vide n’a pas empêché certaines trouvailles techniques et narratives d’influencer durablement la filmographie de Steven Spielberg. On l’ignore souvent, mais des éléments issus de 1941 ont trouvé une seconde vie dans le mythique Raiders of the Lost Ark. Ainsi, lors du tournage du premier opus d’Indiana Jones, l’équipe des effets spéciaux d’Industrial Light + Magic (ILM) a eu recours à un accessoire hérité : un modèle réduit de sous-marin conçu initialement pour représenter un bâtiment japonais a été recyclé pour figurer un submersible allemand transportant l’arche d’alliance vers une île méditerranéenne secrète. Pour accentuer l’illusion, ILM mêla prise de vue réelle en baie de San Francisco et trucages traditionnels, substituant l’île par une peinture sur verre.
D’un gag raté à une scène culte
Au-delà des décors miniatures, c’est aussi dans le registre comique que 1941 a laissé sa trace. Steven Spielberg avait imaginé un numéro visuel où le capitaine allemand incarné par Christopher Lee, menaçait un personnage américain en dévoilant lentement ce qui semblait être un instrument de torture… avant qu’il ne s’agisse que d’un banal cintre. Si la scène fit flop lors des avant-premières texanes, elle fut supprimée. Toutefois, Steven Spielberg persista : il jura d’essayer ce gag jusqu’à ce qu’il fonctionne.
Sa ténacité porta ses fruits dès son projet suivant. Dans Raiders of the Lost Ark, c’est le sinistre Major Toht (Ronald Lacey) qui effraie Marion (Karen Allen) avec cette fameuse révélation du cintre, provoquant cette fois-ci l’hilarité générale en salle.
L’art du rebond chez Steven Spielberg
Ce parcours illustre finalement la capacité du réalisateur à transformer ses échecs en matière première pour ses futurs succès. Si certains considèrent toujours 1941 comme une fausse note dans l’œuvre spielbergienne, il est indéniable qu’il a offert — parfois malgré lui — plusieurs étincelles créatives qui ont marqué durablement le cinéma populaire américain.