En bref
- Flop en 2007, culte ensuite
- Action délirante, humour de cartoon
- Clive Owen en anti-Bond total
Il y a des films qui meurent en salles et commencent vraiment après. Shoot ‘Em Up, sorti le 7 septembre 2007, fait partie de ceux-là. Raté au box-office, puis adopté en vidéo, il a fini par trouver son public, celui qui aime les films d’action capables d’être ridicules, précis et totalement sérieux dans leur exécution.
Un flop, puis une vraie seconde vie
Le contraste reste parlant. Réalisé pour environ 36 millions d’euros (39 millions de dollars), le film n’a rapporté qu’environ 25 millions d’euros (26,8 millions de dollars) en salles. Pas assez pour rentrer dans ses frais.
Et pourtant, le film n’a pas disparu. Ses critiques sont restées solides, avec 67% côté presse et 65% côté public sur Rotten Tomatoes. Surtout, il a gagné avec le temps ce que pas mal de productions plus lisses n’obtiennent jamais, une identité nette. Vous voyez un plan, une carotte, un bébé, et vous savez déjà de quoi on parle.
Un cartoon violent qui assume jusqu’au bout
Le cœur du film tient dans cette idée. Clive Owen joue Smith, ex-soldat des opérations spéciales devenu vagabond, qui croise une femme enceinte poursuivie par un tueur. Il abat ce dernier avec la carotte qu’il mangeait, l’enfoncée dans la tête, puis aide la femme à accoucher.
La suite ne ralentit jamais. D’autres tueurs débarquent, la mère est tuée après la naissance, et Smith doit protéger le nouveau-né tout en ouvrant le feu avec l’arme récupérée sur place. Plus tard, quand il comprend que le tueur Hertz, joué par Paul Giamatti, veut éliminer le bébé, il se tourne vers une prostituée qu’il connaît, incarnée par Monica Bellucci. Elle se retrouve aspirée dans le chaos.
Le ton, lui, est limpide. Smith passe le film à manger des carottes, à s’en servir comme arme, et lâche même « Quoi de neuf, docteur ? ». La dynamique entre Smith et Hertz reprend celle d’Elmer Fudd face à Bugs Bunny. Avec, en prime, une silhouette de justicier errant qui rappelle l’homme sans nom de Clint Eastwood.
Michael Davis a étiré une scène de John Woo sur tout un film
Ce mélange n’arrive pas par hasard. Avant ça, Michael Davis venait surtout de la comédie. Pour son premier vrai film d’action, il est parti d’une scène de Hard Boiled, signé John Woo, avec une fusillade au milieu de nouveau-nés. Son idée était simple, prendre cette scène et en faire un long métrage entier.
Il décrivait son projet comme une version de Run Lola Run avec des fusillades. Le script a mis sept ans à se faire, les studios refusant alors les films centrés sur les armes après la tuerie de Columbine High School. Bref, le film a mis du temps à exister, et ça se sent presque à l’écran, tant il pousse son concept jusqu’au bout.
Clive Owen, anti-Bond parfait dans un rôle absurde
Le choix d’Owen n’était pas anodin. À l’époque, son nom revenait souvent pour James Bond. Ici, c’est l’inverse exact, un tueur mutique qui mâche des carottes et balance des petites répliques en arrosant tout ce qui bouge. C’est précisément pour ça que le film reste en tête.
Bellucci, elle, avait accepté le rôle parce qu’elle y voyait une femme forte et indépendante, traitée de façon joueuse. Et Giamatti apportait un contre-emploi intéressant, lui qu’on associait alors plutôt à des gentils. Dix-neuf ans après, l’important n’est peut-être plus son échec initial. C’est le fait qu’un film d’action aussi bizarre, aussi net dans son projet, ait encore une place à part.