En bref
- Station Eleven mise sur l’espoir, pas la brutalité
- La série suit l’art après l’effondrement
- Face à The Last of Us, le regard change
Sortie fin 2021 sur HBO Max, en plein monde encore secoué par le COVID-19, Station Eleven avait presque tout contre elle. Une série sur l’effondrement de la civilisation provoqué par une pandémie de grippe, à ce moment-là, c’était un miroir un peu trop net. Résultat, pas de grand moment culturel. Et c’est justement ce qui a masqué l’essentiel.
Une série arrivée au pire moment
On parle souvent de la meilleure série post-apocalyptique en citant d’abord The Last of Us. Le réflexe se comprend. La série de HBO, adaptée du jeu vidéo du même nom, a frappé fort, immédiatement, avec sa violence, ses infectés et sa façon de regarder l’humanité quand tout craque.
Mais Station Eleven joue une autre partition. Plus risquée, clairement plus rare dans ce genre saturé de ruines et de survie au jour le jour.
L’après-apocalypse, mais tournée vers ce qui reste vivant
Adaptée du roman publié en 2014 par Emily St. John Mandel, la série se déroule vingt ans après une grippe mortelle qui a fait tomber la civilisation. Son fil central suit la Traveling Symphony, une troupe de musiciens et de comédiens qui passe de colonie en colonie pour jouer, transmettre, garder quelque chose de l’art et de la culture d’avant.
C’est là que la série se sépare du lot. Là où beaucoup de récits post-apocalyptiques s’attardent sur la catastrophe elle-même ou sur l’horreur du quotidien, Station Eleven regarde ce que signifie reconstruire, ou au moins tenter plus que survivre. Pas mal de scènes sont calmes. Peu de gore. Ce qui compte, ce sont les liens, les gestes, la mémoire.
Des personnages reliés par des gestes qui comptent
Au centre, il y a Kirsten Raymonde, incarnée par Mackenzie Davis. Enfant quand le monde s’effondre, adulte marquée par le traumatisme, elle avance pourtant sans perdre complètement son humanité. Son attachement à une vieille BD venue d’avant dit beaucoup de la série. Même sa colère laisse de la place à ce qui tient encore debout. Et quand une secte menace un plus jeune membre de la troupe, elle part chercher le mystérieux Prophet.
Autour d’elle, les autres trajectoires vont dans le même sens. Jeevan, joué par Himesh Patel, passe d’homme qui protège la jeune Kirsten au début de la pandémie à médecin d’une communauté de survivants. Clark, interprété par David Wilmot, conserve les traces du passé dans le Museum of Civilization tout en guidant un groupe installé dans un aéroport. Même Miranda, jouée par Danielle Deadwyler, absente du présent de la série, laisse une empreinte décisive en prévenant le pilote d’un avion à l’arrivée pour garder ses passagers à bord et protéger l’aéroport du virus.
Pourquoi la comparaison avec The Last of Us tient vraiment
Bon, The Last of Us reste une série très solide, bien écrite, brillamment interprétée, avec de grandes scènes d’action et de vraies questions morales. Mais son monde reste dominé par la brutalité.
Station Eleven, elle, choisit l’espoir. Pas un optimisme naïf, plutôt l’idée que la lumière ne disparaît pas complètement, même après la fin du monde. Et dans un genre qui adore montrer comment tout s’écroule, ce déplacement-là change beaucoup plus qu’on pourrait le croire.