Wildwood montre jusqu’où le stop-motion de Laika peut aller

Avec Wildwood, Travis Knight pousse la stop-motion de Laika à une échelle rare. Techniques hybrides, nouveaux pantins, bataille géante, et un ton plus dur.

Wildwood
Image d'illustration. Wildwood — Laika / PR-ADN

En bref

  • Laika pousse sa technique plus loin avec Wildwood
  • Un aigle géant a exigé un pantin inédit
  • Le film assume sa noirceur et son classement PG-13

La vraie histoire de Wildwood, ce n’est pas seulement celle d’un nouveau film de Laika. C’est celle d’un studio qui a compris très tôt que la stop-motion ne survivrait pas en refusant le numérique, mais en l’absorbant. C’est ce que raconte Travis Knight, de retour derrière un long-métrage animé dix ans après Kubo and the Two Strings, après un détour par les prises de vues réelles avec Bumblebee et Masters of the Universe.

Laika n’oppose plus artisanat et numérique

Pour Travis Knight, le mélange entre animation image par image et effets visuels n’a rien d’un ajout tardif. Chez Laika, il est là depuis le début. À l’époque où le studio prenait forme, la stop-motion paraissait condamnée face à l’ordinateur, plus rapide, moins cher, plus précis.

Le pari a donc été simple, sur le papier seulement. Utiliser cette machine qui menaçait le médium comme un outil parmi d’autres, au même titre qu’un pinceau, un crayon ou une imprimante 3D. Coraline avait déjà servi de laboratoire. Puis chaque film a ajouté ses astuces, ses méthodes, ses gains de fabrication. Résultat, des choses jadis impossibles sont devenues routinières.

Mais quand Laika a lancé Wildwood il y a sept ans, l’équipe pensait être prête. Elle ne l’était pas complètement. Et c’est aussi ça, le film.

Un aigle géant a forcé l’équipe à réinventer ses pantins

Le meilleur exemple tient dans un personnage, The General, un immense aigle doré. D’habitude, le studio fabrique ses créatures en silicone, un matériau très utile pour imiter la peau et la lumière. Ici, impossible.

Trop lourd. L’animateur n’aurait tout simplement pas pu manipuler le pantin. L’équipe a donc conçu une autre solution, presque entièrement en tissu. Et son cou fonctionne comme un Slinky, ce ressort-jouet étirable, plutôt qu’avec une articulation classique. Vu de l’extérieur, on ne pense pas forcément à cet effort d’ingénierie. Pourtant, c’est lui qui rend le personnage faisable.

Des muscles sous la peau pour vendre l’effort

L’autre avancée, plus discrète, est franchement fascinante. Comme Wildwood parle de batailles, de guerre et d’effort physique, Travis Knight voulait que les corps paraissent vraiment vivants. Il a demandé à Ollie Jones, responsable des pantins, s’il était possible d’ajouter des muscles à l’intérieur.

Oui, littéralement. Quand un personnage plie le bras pour frapper, la masse musculaire peut gonfler sous la surface. Vous ne le remarquez peut-être pas au premier coup d’œil. Mais l’accumulation de ces détails change tout, clairement.

L’ambition visuelle regarde clairement du côté du Seigneur des anneaux

Pour la grande bataille finale, Peter Jackson plane sur le film. Travis Knight cite ouvertement la trilogie Le Seigneur des anneaux comme une énorme source d’inspiration, tout comme l’univers de Tolkien. Il a même résumé son intention à son partenaire créatif Chris Butler de façon très directe, faire un Seigneur des anneaux en stop-motion.

Du coup, la mise en scène vise l’ampleur d’un épique en live action, pas l’effet maquette sur table. Pour y arriver, Laika mélange décors grandeur nature, miniatures, pantins physiques, effets numériques et même pantins digitaux.

Pourquoi son classement PG-13 n’a rien d’un accident

Reste la question du ton. Wildwood a été classé PG-13, et Travis Knight estime que c’est cohérent. La violence n’est pas là pour être embellie. Elle sert à montrer le coût de la guerre et le caractère traumatique de ces affrontements.

Le classement n’a été attribué qu’à la fin, une fois le film terminé. Mais il n’a jamais été question d’édulcorer l’ensemble. Le film assume ses zones sombres pour mériter, ensuite, ses moments de lumière. Et c’est sans doute le point important. Laika ne cherche plus seulement à prouver que la stop-motion peut encore exister. Le studio montre qu’elle peut aussi porter des récits vastes, durs et franchement cinématographiques.

Morgan Fromentin

Spécialiste Pop Culture

Depuis 2018, je décrypte l'actualité technologique ainsi que les dernières nouveautés cinéma et séries sur Begeek.fr.

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