En bref
- Wildwood obtient 100% sur Rotten Tomatoes
- Le démarrage viserait seulement 10 millions de dollars
- Laika rejoue son paradoxe critique-commercial
Le paradoxe est assez brutal. Wildwood vient de décrocher un 100% sur Rotten Tomatoes, un record qui en fait le film d’animation le mieux noté de la décennie, alors que son premier week-end pourrait plafonner à environ 9 millions d’euros (10 millions de dollars). Pour un film qui aurait coûté 100 millions de dollars, soit environ 91 millions d’euros, ça fait léger.
Un triomphe critique, tout de suite
L’embargo critiques a sauté, et la réception est franchement impressionnante. Chez The Wrap, William Bibbiani décrit le film comme « si ambitieux et si minutieux qu’il est difficile d’en saisir l’ampleur ». Du côté de Variety, Guy Lodge estime que « comme prouesse formelle et comme divertissement capable de parler à plusieurs générations, Wildwood est un succès spectaculaire ».
Le reste des retours va dans le même sens. En gros, on parle d’un film qui coche à la fois la case de l’exploit artisanal et celle du grand récit accessible. C’est précisément ce qui rend les projections commerciales encore plus surprenantes.
Le vieux paradoxe Laika revient
Chez Laika, ce décalage n’a rien de neuf. Le studio de Portland, aujourd’hui au sixième long métrage, traîne cette réputation de fabrique à films adorés trop tard. Ses productions sont souvent saluées à la sortie, puis vraiment adoptées avec le temps, presque comme des objets cultes qu’on redécouvre mieux hors du bruit du lancement.
L’exemple le plus parlant reste Coraline. Le film réalisé par Henry Selick avait rapporté 125 millions de dollars dans le monde à sa sortie, environ 114 millions d’euros, avant d’ajouter 52 millions de dollars en ressortie, soit environ 47 millions d’euros. Et son empreinte culturelle, elle, est restée. L’annonce du film d’horreur Other Mommy avait d’ailleurs immédiatement relancé les comparaisons avec la redoutable Other Mother.
Pourquoi Wildwood risque de rater son démarrage
Le film adapte un roman de l’auteur de Portland Colin Meloy, nourri par l’imaginaire de Forest Park. Les bandes-annonces vendent une quête fantasy qui rappelle Labyrinth, avec une adolescente partie sauver son petit frère enlevé dans un monde parallèle. Le parallèle est joli, mais il a aussi quelque chose d’inquiétant, Labyrinth n’avait ouvert qu’à la huitième place du box-office en 1986 avant de devenir un classique aimé bien après.
Autre point à surveiller, la distribution. Wildwood est le premier inédit de Laika lancé par Fathom Events, un acteur surtout associé aux séances événementielles et aux anniversaires, pas vraiment aux sorties traditionnelles à grande échelle. Clairement, il peut y avoir un temps d’adaptation.
Travis Knight continue d’avancer à contretemps
Si le film plaît mais ne remplit pas les salles, Travis Knight signera un deuxième cas similaire cette année. Il a aussi réalisé Masters of the Universe, actuellement à 68% sur le Tomatometer, bien accueilli par les fans des jouets et du dessin animé Filmation, sans vraiment élargir au-delà des pères de la Gen X attachés au matériau d’origine.
Avant ça, Bumblebee, souvent considéré comme le meilleur Transformers en prises de vues réelles, avait lui aussi déçu au box-office. Bon, Laika ne risque sans doute pas de disparaître, Knight est l’héritier de la fortune Nike et l’animation reste sa passion. Son prochain projet, Piranesi, sur une maison aux pièces infinies et l’homme qui en cartographie les salles, semble déjà taillé pour un imaginaire plus tendance. Reste à voir si le public décidera enfin d’arriver à l’heure.