Un même défaut d’antagoniste plombe deux volets décriés de James Bond et Star Trek

Image d'illustration. James Bond 007EON Productions / PR-ADN
Deux volets souvent critiqués de Star Trek et James Bond présentent un point commun intriguant : leurs méchants respectifs n’ont pas su convaincre le public ni la critique, suscitant ainsi des débats sur l’efficacité des antagonistes dans ces franchises emblématiques.
Tl;dr
- Fan service nuit gravement à la narration authentique.
- Star Trek et James Bond échouent avec des retours forcés.
- Créer du lien scénaristique compte plus que flatter les fans.
Fan service : quand la nostalgie sabote l’authenticité
Dans le monde du cinéma contemporain, la tentation du fan service semble désormais omniprésente. Cette pratique, souvent perçue comme un raccourci scénaristique facile, consiste à ressusciter des personnages ou des éléments cultes uniquement pour séduire le public averti. Pourtant, ce procédé a de quoi agacer, tant il peut compromettre la cohérence narrative au profit d’une simple flatterie adressée aux connaisseurs. Difficile de ne pas évoquer ici le cas du Marvel Cinematic Universe ou des dernières productions estampillées Star Wars, qui cèdent fréquemment à cet exercice, quoique parfois avec une certaine justification thématique. Mais deux franchises majeures, en particulier, ont récemment illustré les limites – voire l’impasse – de ce choix scénaristique.
Star Trek Into Darkness : le retour manqué de Khan
Après le succès éclatant du reboot de Star Trek par J.J. Abrams, les attentes étaient énormes pour sa suite. Grâce à la fameuse « timeline Kelvin », l’équipe avait toute latitude pour inventer et surprendre. Pourtant, au lieu d’explorer de nouveaux territoires, le réalisateur a opté pour une intrigue centrée sur un mystérieux antagoniste nommé John Harrison – un personnage dont l’identité réelle n’a cessé d’alimenter les spéculations avant la sortie. Lorsque le masque tombe et que Harrison se révèle être le mythique Khan Noonien Singh, incarné par Benedict Cumberbatch, la révélation sonne creux. Pourquoi ? Tout simplement parce que dans cet univers alternatif, aucune histoire commune n’existe entre Kirk et Khan : leur rivalité n’a donc aucun poids émotionnel réel. Le film va même jusqu’à inverser la scène culte de « La Colère de Khan », mais sans jamais parvenir à recréer la tension dramatique qui faisait vibrer l’original.
Spectre : Blofeld parachuté, authenticité égarée
Du côté de James Bond, le piège s’est refermé avec autant de maladresse dans Spectre. Plutôt qu’assumer d’emblée le retour d’Ernst Stavro Blofeld, la production menée par Sam Mendes a préféré brouiller les pistes : Christoph Waltz endosse d’abord l’identité de Franz Oberhauser avant de dévoiler sa véritable nature… à mi-parcours seulement. Hélas, là encore, cette révélation censée provoquer l’étonnement laisse totalement indifférent – 007 ne semblant jamais avoir partagé la moindre histoire avec ce nouvel ennemi jusque-là. Pire encore : en ajoutant une improbable parenté entre Bond et Blofeld, les scénaristes ont embrouillé un récit déjà dense, au détriment d’une efficacité narrative pourtant caractéristique des meilleurs opus.
Voici pourquoi ces choix désarçonnent tant :
- Irruption artificielle de figures iconiques sans socle relationnel préalable.
- Mécaniques dramatiques recyclées sans substance émotionnelle authentique.
- Perturbation inutile d’une dynamique scénaristique qui se suffisait à elle-même.
L’équilibre fragile entre clin d’œil et paresse narrative
Rares sont les œuvres qui parviennent à intégrer intelligemment ces références sans y perdre leur âme – pensons au traitement plus nuancé opéré par Rian Johnson dans « The Last Jedi ». Peut-être faudrait-il rappeler aux créateurs qu’un simple clin d’œil habilement glissé (comme savait si bien le faire un certain Joe Dante) aura toujours plus d’impact qu’un recyclage désespéré dépourvu de sens. L’enjeu reste invariable : respecter l’intelligence du spectateur tout en renouvelant vraiment l’héritage des grandes sagas cinématographiques.