En bref
- Netflix adapte enfin correctement Harry Hole
- Joel Kinnaman brille en flic corrompu
- 91% sur Rotten Tomatoes malgré quelques clichés
Le plus intéressant ici, ce n’est pas seulement une nouvelle série policière de plus sur Netflix. C’est le fait que l’univers de Jo Nesbø, longtemps mal servi à l’écran, tient enfin une adaptation qui comprend ce qui faisait le sel de Harry Hole, ce mélange de noirceur, de style et de chaos intime.
Après The Snowman, la réparation était attendue
Le souvenir de The Snowman planait forcément au-dessus du projet. Le film avec Michael Fassbender, censé transposer un autre roman de Jo Nesbø, avait laissé un goût de gâchis assez net. D’autant plus frustrant que Tomas Alfredson venait de signer Let the Right One In et Tinker Tailor Soldier Spy. Sur le papier, ça collait. À l’écran, beaucoup moins.
Cette fois, Jo Nesbø a serré la vis. Il signe la série comme créateur, scénariste et showrunner. La saison 1, en neuf épisodes, adapte The Devil’s Star, le cinquième roman de la saga. On y suit Harry Hole, joué par Tobias Santelmann, lancé sur la piste d’un tueur en série qui laisse derrière lui des morceaux de corps et un pentagramme rouge. À cela s’ajoutent deux fantômes, la mort de son ancien partenaire cinq ans plus tôt et un braquage violent jamais résolu.
Joel Kinnaman joue le poison interne de l’histoire
Le vrai danger n’est pourtant pas seulement dehors. Il est dans les couloirs de la police d’Oslo. Joel Kinnaman incarne Tom Waaler, collègue ripou, sûr de lui, visqueux juste comme il faut. Chemise trop ouverte, chaîne en or visible, ego fragile caché derrière une assurance sale, le personnage promet l’affrontement avec Harry Hole dès les premières scènes.
Mais Kinnaman ne le joue pas comme un simple méchant de service. Il expliquait à Radio Times l’avoir pensé comme « un narcissique malin », quelqu’un qui manque d’empathie mais peut parfois en ressentir. Résultat, Tom Waaler gagne une petite zone grise bienvenue.
Ce rôle prolonge d’ailleurs une période très solide pour l’acteur, déjà remarqué dans For All Mankind sur Apple TV, la saison 4 de In Treatment et la minisérie 2026 High Value Target: The Hunt for Saddam.
Une série noire qui travaille aussi son décor
Il y a autre chose qui aide la série à exister. Son rapport au lieu. Le tournage s’est fait à Oslo, et le producteur exécutif Øystein Karlsen résumait l’idée auprès de Tudum ainsi, « la version d’Oslo de Jo est une sorte de version Gotham, et nous renforçons cela dans la série ». C’est bien vu. La ville reste concrète, presque rugueuse, tout en gardant une stylisation très noir.
Et Kinnaman y revient en plus dans sa langue. Lui qui avait débuté enfant dans Storstad avant de se faire connaître à l’international avec The Killing sur AMC, disait à Deadline avoir redécouvert une autre énergie en suédois, au point d’y voir un tournant pour la suite de sa carrière. Le score de Nick Cave et Warren Ellis finit de poser l’ambiance.
Avec 91% sur Rotten Tomatoes, la série s’impose déjà parmi les polars les mieux reçus de 2026. Certains critiques pointent des clichés de flic hanté, jusqu’au panneau de liège pour les preuves. C’est vrai. Mais quand l’exécution tient aussi bien, on regarde surtout ce que cela ouvre, la possibilité que les adaptations de romans policiers cessent enfin de se contenter du minimum.