En bref
- Suicide Squad fête ses dix ans
- Échec critique, gros succès commercial
- L’Ayer Cut reste réclamé
Dix ans après sa sortie, Suicide Squad reste dans une zone rare, celle des films que presque tout le monde a trouvé ratés, mais que pas mal de fans veulent encore revoir autrement. C’est aussi pour ça que le Ayer Cut n’a jamais vraiment disparu du radar.
Un carton commercial, pas un triomphe critique
Sorti le 5 août 2016, le film de David Ayer réunissait Margot Robbie, Will Smith, Viola Davis, Joel Kinnaman et Jared Leto autour d’une idée simple, une équipe de super-vilains emprisonnés envoyés en mission suicide pour le gouvernement. Sur le papier, Warner Bros. tenait son grand film d’ensemble version DC.
Au box-office, ça a marché. Très bien, même. Avec un budget d’environ 161 millions d’euros (175 millions de dollars), Suicide Squad a démarré à environ 122 millions d’euros (133 millions de dollars) sur le marché américain, un record pour un lancement en août, avant de grimper à près de 689 millions d’euros (750 millions de dollars) dans le monde. Sauf que la critique l’a allumé, 26 % sur Rotten Tomatoes, 40 sur 100 sur Metacritic, soit le plus mauvais score de la période cinéma du DCEU.
Le film coincé entre deux versions
Les reproches reviennent toujours aux mêmes endroits, une intrigue brouillonne, des personnages réduits à un trait de caractère, et une Enchantress, jouée par Cara Delevingne, perçue comme une menace apocalyptique assez générique. Mais le vrai nœud est ailleurs.
Après l’accueil compliqué de Batman v Superman, Warner Bros. a voulu alléger le ton. Le studio a alors fait appel à Trailer Park, la société derrière les bandes-annonces très appréciées du film, pour remonter l’ensemble. Résultat, une version cinéma bricolée entre deux films incompatibles, l’un sombre, l’autre plus comique. Et ça se voit. Même le Joker de Jared Leto, pourtant mis en avant dans la promo, se retrouve avec un temps d’écran limité.
Le hors-champ a abîmé le film autant que l’écran
Il y a eu aussi tout ce qui s’est joué avant la sortie. Leto a abordé son personnage via une méthode de jeu très agressive, avec l’idée d’aller chercher une intensité comparable à celle associée à Heath Ledger. Cette logique a débouché sur l’envoi d’objets dérangeants à ses partenaires, dont un cochon mort, un rat vivant et des préservatifs.
Viola Davis a raconté le malaise provoqué par l’une de ces livraisons avant même le tournage. Plus tard, Will Smith expliquait que l’acteur était resté dans la peau du personnage sur le plateau comme en dehors. Leto et Ayer ont ensuite contesté une partie de ce récit, en affirmant que certains éléments avaient été exagérés ou non utilisés. Trop tard, l’affaire collait déjà au film.
Pourquoi l’Ayer Cut revient toujours
Ce qui nourrit la demande, c’est l’idée que l’échec n’est pas celui d’Ayer seul, mais d’un studio paniqué par sa propre stratégie. Après le succès de Man of Steel, environ 614 millions d’euros (668 millions de dollars), Warner Bros. a voulu accélérer son univers partagé pour rivaliser avec Marvel. Justice League, achevé par Joss Whedon après le départ de Zack Snyder, a montré les mêmes fissures.
Du coup, le mouvement #ReleaseTheAyerCut continue. Ayer affirme depuis des années que sa version est très différente, puis prend ses distances, avant de relancer le sujet. Robbie, Smith et Kinnaman ont soutenu sa sortie. Aujourd’hui, le film est disponible sur HBO Max, avec une version longue ajoutant dix minutes. Mais pas le montage qu’une partie du public attend encore, et ce détail dit beaucoup du rapport actuel entre les studios, les franchises et leurs fans.