En bref
- Harlan Ellison a coécrit deux Daredevil
- Le diptyque mêle pièges, robots et rédemption
- Pas majeur, mais franchement intrigant
Il y a quelque chose d’assez savoureux à retrouver Harlan Ellison, figure majeure de la science-fiction, au détour de deux épisodes de Daredevil. Pas dans un grand manifeste d’auteur, non. Dans une aventure de Marvel pleine de robots, de trappes mortelles et d’un héros qui passe sa nuit à éviter la mort avant d’aller au tribunal avec moins d’une heure de sommeil.
Un auteur de SF qui n’a jamais lâché les comics
Chez Ellison, ce détour n’a rien d’un accident. Les comics l’accompagnent depuis l’enfance, au point qu’il conservait une immense collection qu’il décrivait comme le cœur vivant de sa maison. Il admirait aussi Jack Kirby, qu’il considérait comme un maître du médium, notamment pour The Forever People chez DC.
Et son nom traîne dans pas mal de coins de la BD américaine. Il a imaginé, avec Bernie Wrightson, l’histoire de Batman n°237, le fameux épisode d’Halloween Night of the Reaper. Plus tard, il participe aussi à Heroes for Hope, un one-shot Marvel autour des X-Men, écrit à plusieurs mains, avec entre autres Stephen King, George R.
R. Martin et Alan Moore.
Le premier épisode, un tunnel de pièges pour Matt Murdock
Les numéros 208 et 209 de Daredevil portent cette trace. Le n°208 crédite Harlan Ellison avec Arthur Byron Cover. Le n°209 ne garde que Cover au script, mais précise que l’idée vient d’Ellison. Aux dessins, on retrouve David Mazzucchelli, ce qui donne tout de suite un certain poids à l’ensemble.
Le premier épisode, The Deadliest Night of My Life!, commence par une image franchement étrange, une petite fille robotique appelle à l’aide. Matt Murdock tombe dans le panneau et se retrouve enfermé dans un bunker souterrain qui semble courir sous toute la ville. Le numéro fonctionne surtout comme une longue séquence d’action, presque une démo des capacités de Daredevil.
Il évite un sol couvert de pics grâce à son sens radar, grimpe entre deux murs hérissés de couteaux, puis encaisse un gaz censé l’affaiblir. Là, le texte laisse filtrer un détail plus littéraire, quand Matt pense que c’est ainsi qu’on a brisé Winston Smith dans 1984. L’ennemie se révèle ensuite, Elizabeth Dawes Sterling, mère du super-vilain Death-Stalker, tué plus tôt. Mourante, elle a transformé sa maison en machine à tuer. Même l’explication technique passe par une idée de téléprésence, associée au chercheur du MIT Marvin Minsky. Pas banal, quand même.
Le second numéro change d’échelle et trouve son cœur
Le n°208 pourrait presque se suffire à lui-même. Sauf que sa dernière case montre deux autres robots. Le n°209 repart de là, avec une menace simple et efficace, ces poupées sont piégées pour exploser, et Matt doit toutes les retrouver avant qu’elles ne fassent plus de dégâts.
Mais le vrai centre du récit est ailleurs, dans Johnny Squarejohn, petit criminel et ancien ami d’enfance de Matt Murdock. Il finit par comprendre qui se cache sous le costume, suit Daredevil jusqu’au dernier robot, puis se sacrifie pour le sauver. C’est un schéma classique, oui, mais il colle très bien à ce héros-là, où la rédemption des perdants a souvent plus de poids que le gadget du jour.
Pas un sommet, mais un croisement révélateur
Ces deux épisodes arrivent après la refonte noircie de Daredevil par Frank Miller, mais gardent une couleur plus proche de Stan Lee. Ce décalage fait leur charme autant que leur limite.
Ce n’est sans doute ni le pic de Daredevil, ni celui d’Harlan Ellison. Reste un diptyque solide, bien fabriqué, où une plume venue d’ailleurs injecte juste assez d’idées dans la mécanique super-héroïque. Et ça dit quelque chose de plus large, la frontière entre culture geek, littérature et comics a toujours été plus poreuse qu’on le raconte.