En bref
- Les données bancaires cristallisent la peur
- Les sites participatifs inspirent une forte méfiance
- Jeunes et femmes se montrent plus prudents
Internet s’est installé partout, mais la confiance n’a pas suivi. C’est ce que montre l’enquête menée par Harris Interactive auprès de 1 000 Français de 15 ans et plus, interrogés en ligne du 11 au 17 mars 2009.
Le bancaire reste intouchable
Le chiffre qui écrase les autres, c’est 97%. Autant de répondants jugent dangereux de communiquer leurs coordonnées bancaires sur Internet, et 72% disent même s’y refuser systématiquement. Derrière, on retrouve les photos personnelles, perçues comme risquées par 77% des personnes interrogées, puis les informations sur les autres membres du foyer, à 74%.
Ce n’est pas très surprenant. Ce qui l’est un peu plus, c’est l’ampleur du consensus.
Le Web participatif inspire surtout de la défiance
Les sites où l’on publie soi-même du contenu rassurent peu. 81% des répondants se méfient des réseaux sociaux, 78% des forums de discussion et 79% des plateformes de partage de vidéos. En gros, tout ce qui relève du Web 2.0 est regardé de travers.
Et cette méfiance change les usages. 67% ne vont jamais sur les sites de partage de vidéos, tandis que 36% évitent complètement les blogs personnels.
Des incidents déjà vécus, pas une peur abstraite
Cette prudence ne tombe pas du ciel. 12% disent avoir vu des inconnus reprendre des informations personnelles après les avoir mises en ligne. Surtout, 37% déclarent avoir subi un contact personnel et pernicieux de la part d’un inconnu, par email, messagerie instantanée ou forum.
Résultat, l’intimité numérique n’est pas vécue comme un débat théorique, mais comme quelque chose de très concret.
Partager est perçu comme inévitable, pas comme un progrès
Une majorité, 60%, estime qu’il est désormais impossible de ne pas partager d’informations personnelles sur Internet. Mais seuls 30% y voient un vrai bénéfice pour la vie en société. Le contraste est net, et assez parlant.
Bon, les internautes ne restent pas passifs. 59% lisent les textes relatifs à la protection des données sur les sites visités, dont 11% systématiquement. Dans les foyers avec enfants, 80% ont mis en place au moins une protection, par exemple des consignes d’usage ou l’ordinateur placé dans une pièce à vivre.
Femmes, jeunes, seniors, des écarts plus subtils qu’il n’y paraît
Les femmes se montrent globalement plus méfiantes que les hommes. Elles jugent plus souvent dangereux de partager leur nom, leur adresse, leur numéro de téléphone ou leurs photos personnelles, et lisent aussi davantage les textes sur la protection des données, 61% contre 55%. Les hommes, eux, acceptent plus facilement de donner leur téléphone ou leurs photos. À l’inverse, les femmes partagent davantage les informations sur le foyer et leurs goûts.
Chez les 15-24 ans, le tableau est moins simple qu’on pourrait le croire. Ils mettent plus souvent à jour leurs profils, fréquentent davantage les blogs et tiennent plus souvent leur propre blog. Mais ils sont aussi plus nombreux à juger risquée la divulgation de leur nom, de leur adresse ou de leur téléphone, et 63% vérifient quelles informations les concernant circulent en ligne. Les plus de 50 ans, eux, font moins confiance aux sites participatifs, seulement 15% pour le partage de vidéos et 11% pour les réseaux sociaux, ce qui pèse directement sur leur fréquentation.
Vos questions, nos réponses
Pourquoi les coordonnées bancaires arrivent-elles si loin devant ?
Parce que le risque est immédiat et facile à comprendre. Une photo ou un goût personnel peuvent exposer plus lentement, alors qu’une donnée bancaire renvoie tout de suite à une perte d’argent ou à une fraude. C’est la donnée la plus sensible, au sens le plus concret du terme.
Que recouvre exactement le terme Web 2.0 dans cette étude ?
Ici, il désigne les sites où l’utilisateur ne se contente pas de lire, mais publie aussi du contenu ou interagit avec d’autres. Les réseaux sociaux, les forums, les blogs personnels et les sites de partage de vidéos entrent dans cette logique. La méfiance vise donc surtout les espaces participatifs.
Les jeunes sont-ils plus imprudents que les autres ?
Pas vraiment. Ils sont plus exposés parce qu’ils utilisent davantage ces services, donc ils publient plus, échangent plus et croisent plus d’inconnus. Mais l’étude montre aussi qu’ils sont plus nombreux à percevoir certains risques et à vérifier ce qui circule sur eux.
Pourquoi les seniors utilisent-ils moins ces plateformes ?
L’enquête suggère que ce n’est pas seulement un manque d’intérêt. Il y a aussi un problème de confiance. Quand seuls 11% des plus de 50 ans disent faire confiance aux réseaux sociaux, on comprend mieux pourquoi plus d’un sur deux n’y consulte jamais de profils.