En bref
- Amazon MGM pousse James Ortiz aux Oscars
- Rocky viserait le second rôle masculin
- L’Academy a rarement suivi cette voie
Si Project Hail Mary veut vraiment marquer la saison des prix, l’histoire ne se jouera pas seulement autour de Ryan Gosling. Le pari le plus intéressant est ailleurs, sur une performance que les Oscars regardent d’ordinaire de loin, celle de James Ortiz, à la fois voix et manipulateur de la marionnette de Rocky, poussé par Amazon MGM dans la course au meilleur second rôle masculin.
Un pari très ciblé pour Rocky
La campagne montée par Amazon MGM ne se limite pas à vendre Project Hail Mary comme un gros candidat de prestige. Le studio demande aussi aux groupes de critiques et aux votants de considérer James Ortiz pour son travail sur Rocky. Et ce n’est pas anodin.
Dans le film, Rocky n’est pas un gadget visuel ni une créature de fond de plan. C’est le vrai partenaire de jeu de Gosling, le deuxième pilier du récit, celui sur qui repose une bonne partie de l’équilibre émotionnel. En gros, si cette candidature existe, c’est parce que le personnage tient le film bien plus qu’un simple numéro technique.
Le mur des performances dites non traditionnelles
Le problème, vous le voyez venir, c’est l’Academy. Elle n’a jamais montré beaucoup d’enthousiasme pour récompenser des performances non traditionnelles, même quand l’impact artistique sautait aux yeux.
Le précédent le plus parlant reste Andy Serkis. Son Caesar dans Planet of the Apes, comme son Gollum dans The Lord of the Rings, avait déclenché pas mal d’éloges. Résultat, aucune nomination d’acteur. Avant lui, même mur pour Jim Henson avec les films The Muppets, pour Robin Williams en Genie dans Aladdin, ou pour Eddie Murphy via Shrek et Mulan.
C’est une règle non écrite, mais elle pèse lourd. Et Project Hail Mary essaie clairement de la fissurer.
Pourquoi ce film pense pouvoir forcer la porte
Ce qui peut aider James Ortiz, quand même, c’est la place de Rocky dans le film. Là où d’autres performances de voix, de marionnette ou de capture ont souvent été regardées comme périphériques, ici le personnage est au centre. Il partage l’écran, le rythme et une large part de l’émotion avec Gosling.
Or Gosling, déjà nommé pour Half Nelson, La La Land et Barbie, semble très bien placé pour décrocher une nouvelle citation. Si le premier rôle est solidement installé dans la course, le studio peut espérer embarquer son partenaire avec lui.
Le reste de la campagne confirme d’ailleurs l’ambition. Amazon MGM pousse aussi Sandra Hüller en meilleur second rôle féminin, Lionel Boyce en second rôle masculin, et vise également des nominations en photographie, au montage, à la musique, aux costumes, au scénario adapté, à la réalisation et au meilleur film.
Le vrai test, pourtant, n’est sans doute pas là. Si James Ortiz perce, ce ne sera pas seulement une ligne de plus pour Project Hail Mary. Ce sera un signal assez net sur la manière dont Hollywood commence, ou non, à reconnaître ce qu’est devenue une performance à l’écran.