En bref
- The Cabin in the Woods revisite tout l’horreur
- Sa satire va plus loin que Scream
- Le film relit les codes du public
On a pris l’habitude de placer Scream tout en haut dès qu’on parle de satire horrifique. C’est logique, en partie. Le film de Wes Craven, lancé en 1996, a su être à la fois slasher, whodunit et commentaire sur les automatismes du genre. Il a eu des suites, une longévité folle, et même sa propre parodie avec Scary Movie. Mais la popularité n’épuise pas le débat.
Un faux slasher, puis le grand virage
Le film qui pousse l’exercice beaucoup plus loin arrive le 13 avril 2012. Et il avance masqué. The Cabin in the Woods, réalisé par Drew Goddard et écrit par Drew Goddard avec Joss Whedon, commence comme un récit ultra balisé, des jeunes adultes, une escapade en forêt, puis des zombies. Sur le papier, on croit voir une variation de plus sur The Evil Dead.
Sauf qu’au milieu, tout pivote. Sous les bois se cache une immense installation où une organisation secrète enferme toutes sortes de monstres et de créatures mythologiques. Sa mission est simple et glaçante, sacrifier chaque année un groupe comparable aux héros pour calmer les Ancient Ones. Sinon, c’est la fin du monde. Ce basculement pouvait sembler gratuit. En réalité, c’est le cœur du film.
Là où la satire devient une machine
C’est là que The Cabin in the Woods devient plus qu’un film malin. Il transforme les codes de l’horreur en mécanique visible. Les cinq personnages ne sont pas seulement des personnages, ils incarnent des archétypes reconnus dans le récit, la vierge, l’athlète, l’érudit, le fou et la fille sexualisée. Et l’organisation impose même un ordre attendu, la fille sexualisée d’abord, la vierge en dernier, ou survivante.
Scream jouait déjà avec ça, clairement. Ses personnages citaient les règles des films d’horreur tout en les rejouant. Mais ici, la logique méta devient une allégorie complète. L’organisation représente les fabricants de films, les Ancient Ones ressemblent au public, et tout repose sur une idée assez acide, il faut sans cesse remettre en scène le même spectacle sanglant pour satisfaire la demande. Une fois qu’on l’a vu comme ça, difficile de regarder encore un simple film de cabane isolée sans y penser.
Un terrain de jeu pour tout le cinéma d’horreur
Autre différence importante, Scream cible surtout le slasher. Donc si vous êtes moins sensible à Halloween, Friday the 13th ou A Nightmare on Elm Street, une partie du plaisir vous échappe un peu.
The Cabin in the Woods, lui, ratisse beaucoup plus large. On y croise des zombies, des clowns, des vampires, des sorcières, des démons, des serpents, des mutants, des momies, des tueurs en série ou des loups-garous. Le film cite aussi les Deadites de The Evil Dead et des créatures liées à Left 4 Dead. Résultat, il ne parle pas seulement aux fans de slashers, mais à ceux des monstres classiques, des films de fantômes, des creature features et d’à peu près tout le spectre horrifique.
Et c’est sans doute pour ça qu’il tient si bien. Pas juste parce qu’il repère les ficelles, mais parce qu’il montre pourquoi on continue, nous aussi, à les réclamer.