En bref
- Station Eleven place l’art au centre du post-apo
- La série suit plusieurs survivants sur vingt ans
- Son arrivée après le Covid l’a pénalisée
On a vu des dizaines de récits post-apocalyptiques vendre la survie comme horizon ultime. Station Eleven, elle, regarde ailleurs. C’est sans doute pour ça qu’elle a moins marqué le grand public que The Last of Us, The 100 ou The Walking Dead, alors qu’elle propose quelque chose de plus rare, et franchement plus troublant.
Une fin du monde qui regarde ailleurs
Adaptée du roman de 2014 signé Emily St. John Mandel, la minisérie de HBO Max ne traite pas la catastrophe comme un simple terrain de jeu pour factions armées et ruines photogéniques. Son idée fixe, c’est la place de l’art quand tout s’effondre.
Le point de départ dit déjà beaucoup. L’histoire commence avant la pandémie, pendant une représentation de King Lear. Le comédien Arthur Leander, incarné par Gael García Bernal, meurt brutalement sur scène, au moment même où un virus mortel commence à faire tomber la civilisation. La scène est forte, presque trop nette dans son symbole, mais elle donne immédiatement la couleur.
Des destins éclatés, reliés par une scène et un livre
La série avance en allers-retours temporels et suit plusieurs personnages dont les trajectoires finissent par se répondre. Himesh Patel y joue Jeevan Chaudhary, qui devient presque par accident le protecteur de la jeune Kirsten, interprétée enfant par Matilda Lawler, la nuit où tout bascule.
Vingt ans plus tard, Kirsten Raymonde, désormais jouée par Mackenzie Davis, parcourt le monde avec la Traveling Symphony, une troupe itinérante qui continue de monter Shakespeare. Autour d’eux gravitent aussi Miranda Carroll, l’ex-femme d’Arthur, jouée par Danielle Deadwyler, et Elizabeth, sa seconde épouse, incarnée par Caitlin FitzGerald.
Un autre fil relie ces survivants, un roman graphique sombre et fascinant intitulé Station Eleven. Ce livre nourrit Kirsten, mais pas seulement.
Quand la culture console autant qu’elle abîme
C’est là que la série devient vraiment intéressante. L’art y sert à tenir debout, à préserver un lien, à offrir autre chose que la peur. Les spectacles de la troupe maintiennent une forme de vie intérieure chez ceux qui les regardent.
Mais ce même imaginaire alimente aussi un culte violent dirigé par le mystérieux Prophète, joué par Daniel Zovatto, qui enlève des enfants. Résultat, la série ne sanctifie jamais la culture. Elle montre qu’elle peut sauver, déformer, consoler ou capturer.
Une série en décalage avec son époque
Sous la houlette du showrunner Patrick Somerville, l’ensemble mélange espoir, douleur, horreur et même humour noir, dans une veine qui rappelle The Leftovers. Le rythme est plus calme, moins porté sur le frisson. L’image aussi, plus organique, moins menaçante. Et même le Prophète a droit à une vraie épaisseur humaine.
Mais cette douceur relative a sans doute joué contre elle. Et son arrivée en décembre 2021, quand le monde sortait à peine des confinements liés au Covid-19, n’a rien arrangé. Ironique, quand on voit à quel point Station Eleven parle justement d’espoir au milieu du pire. Cinq ans plus tard, son regard n’a pas pris une ride. C’est peut-être même maintenant qu’il touche le plus juste.