Pourquoi Profit, annulée en 1996, aurait une vraie place en 2026

Trop noire pour la télévision des années 90, Profit a été annulée après quatre épisodes. En 2026, son antihéros passerait sans doute autrement.

Profit
Profit — Fox / PR-ADN

En bref

  • Profit a été annulée après quatre épisodes
  • Son héros était trop sombre pour 1996
  • Un reboot en 2026 ferait plus sens

En 1996, la télévision généraliste américaine pouvait tenter des choses, mais pas tout. Profit, lancée par Fox en avril de cette année-là, a sans doute trouvé sa limite. La série a été retirée après quatre diffusions originales, un sort brutal mais pas absurde quand on voit à quel point son personnage principal refusait toute forme de confort moral.

Un antihéros que la télé de network ne savait pas absorber

Créée par David Greenwalt et John McNamara, avec Stephen J. Cannell à la production exécutive, Profit n’essayait pas de rendre son héros fréquentable. Jim Profit, cadre junior chez Gracen et Gracen, ne faisait pas le mal pour une grande cause et n’attendait pas sa rédemption. Il voulait du pouvoir, point.

C’est là que la série était presque trop honnête pour son époque. Sur un grand network, on pouvait suivre un salaud charismatique, mais il fallait souvent une soupape, une leçon, une once de remords. Ici, rien de tout ça. Fox a bien eu des critiques intriguées, mais le public n’a pas suivi, et les épisodes restants ont été diffusés plus tard, quand l’élan était déjà cassé.

Le détail du carton, ou l’horreur cachée sous le costume

Le plus troublant chez Jim Profit, ce n’est pas seulement ce qu’il fait. C’est la manière. En réunion, il joue le parfait homme de l’entreprise. Hors champ, il manipule, fait chanter, et peut détruire une carrière avec un calme presque mou. Adrian Pasdar donnait à ça une douceur glacée assez brillante, clairement le genre d’interprétation qui reste.

Et il y a ce carton.

Malgré un appartement luxueux, Jim dort dans une boîte d’expédition portant le logo de son entreprise. La série reliait ce geste à une enfance marquée par des abus, son père l’ayant notamment enfermé. Le détail est simple, presque absurde sur le papier, mais il résume toute l’idée de Profit : un homme qui semble tout contrôler et qui reste entièrement façonné par un trauma jamais refermé. John McNamara expliquait alors que la série voulait montrer un mal ordinaire, présent au milieu de tout le monde. Ambiance, quand même.

Pourquoi un reboot parlerait mieux au public actuel

Le paradoxe, c’est que Profit paraît aujourd’hui moins impensable qu’en 1996. Pas parce que le personnage serait plus acceptable, mais parce que la télévision a depuis adopté des figures bien plus sombres. Un reboot en 2026 aurait même un terrain de jeu évident : image corporate, rivalités internes, gestion de réputation, données privées.

Adrian Pasdar disait en 2018 qu’un retour était en développement avec Tawnia McKiernan associée au projet. La série n’a jamais vu le jour, mais l’intuition reste bonne. La seule vraie condition serait de ne pas transformer Jim Profit en antihéros cool qui aurait secrètement raison sur tout. Sinon, on perd ce qui faisait l’intérêt du projet. Et, au fond, c’est peut-être ça qui rendrait un retour pertinent : non pas le choc, moins rare aujourd’hui, mais la manière dont il parlerait du pouvoir moderne, celui qui sourit avant de broyer.

Morgan Fromentin

Spécialiste Pop Culture

Depuis 2018, je décrypte l'actualité technologique ainsi que les dernières nouveautés cinéma et séries sur Begeek.fr.

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