En bref
- The Haunting of Hill House dépasse The Twilight Zone
- Son format resserré évite les épisodes faibles
- Son twist central renforce encore les revisites
On tient peut-être là le vrai point de bascule de l’horreur télé. Pendant des décennies, The Twilight Zone a servi de mètre étalon, et ce n’est pas volé. Mais The Haunting of Hill House a un avantage redoutable, elle ne laisse presque rien filer.
Un classique face à une mini-série qui ne lâche rien
Chez The Twilight Zone, il y a l’aura, l’histoire, l’influence. La série originale a été diffusée de 1959 à 1964, a dépassé les 150 épisodes, puis a connu deux relances, dont une encore en 2019. Son format anthologique, mêlant horreur, science-fiction et commentaire social, a fixé un standard immense.
Mais The Haunting of Hill House, arrivée sur Netflix en 2018, joue une autre partition. Ce n’est pas une anthologie, plutôt une mini-série adaptée d’un roman culte de 1959. Et ce cadre plus serré change tout. Là où une anthologie accepte mécaniquement quelques épisodes moins marquants, ici rien ne paraît sautables.
Des personnages écrits comme des gens, pas comme des victimes
Dans la version de Mike Flanagan, on suit les enfants Crain sur deux temporalités, leur enfance à Hill House et l’âge adulte, où les séquelles du paranormal continuent de ronger la fratrie. C’est là que la série devient plus qu’un simple récit de maison hantée.
Chaque personnage a de l’espace, des failles, une manière bien à lui d’être abîmé. Si l’histoire avait été ramenée à un film, pas mal de nuances auraient sauté. Là, on s’attache à cette famille dysfonctionnelle, et les apparitions n’en frappent que plus fort. La maison elle-même reste une réussite assez rare, presque chaque scène y installe un malaise durable. Et des figures comme le Bowler Hat Man ou la Bent-Neck Lady font partie de ce que l’horreur télé a produit de plus tenace.
Le twist de Nell et un épisode au-dessus du lot
Le souvenir le plus fort, clairement, tourne autour de Nell, incarnée par Victoria Pedretti. Enfant puis adulte, elle subit des visions d’une femme au cou brisé, liées à sa paralysie du sommeil. L’image suffit déjà à glacer.
Puis vient la révélation, Nell est elle-même la Bent-Neck Lady qui hante sa propre enfance. Le genre de twist qui ne sert pas juste à surprendre, mais qui reconfigure tout le drame. Dans la foulée, l’épisode « Two Storms » pousse la série encore plus haut, avec une tempête dans le passé et une autre pendant les funérailles de Nell dans le présent. L’une est hantée, l’autre déchirante. Le dernier plan, puis la dernière réplique, laissent une trace.
Pourquoi elle tient mieux la distance que ses rivales
Le plus intéressant, du coup, c’est que la série gagne encore à la revisite. Les grands retournements ne surprennent plus de la même manière, mais ils deviennent souvent meilleurs une fois le puzzle connu. Il y a aussi ce jeu de piste discret, des dizaines de fantômes cachés dans les arrière-plans, repérés par les spectateurs après la sortie. Même les jump scares gardent leur efficacité, ce qui n’est pas si courant.
Face à elle, The Walking Dead a connu des sommets mais aussi une baisse de qualité. Tales from the Crypt et The Twilight Zone restent des icônes, avec le revers classique de l’anthologie, quelques épisodes s’oublient. The X-Files penche plus vers la science-fiction, American Horror Story manque de régularité, Stranger Things est freinée par une dernière saison jugée plus faible. Même chez Mike Flanagan, Midnight Mass et The Haunting of Bly Manor restent un cran en dessous. Ce n’est pas juste un grand souvenir de Netflix, c’est peut-être la forme la plus aboutie de l’horreur télévisée moderne.