En bref
- Un Dickens transformé en manifeste anti-isolationniste
- Rod Serling prêche plus qu’il ne raconte
- L’ONU soutenait aussi le projet
Un conte de Noël diffusé le 28 décembre, soit trois jours après Noël, partait déjà avec un drôle de handicap. Mais le vrai décalage est ailleurs. Carol for Another Christmas, diffusé en 1964, ne cherche presque jamais la chaleur de Charles Dickens. Il préfère la charge politique, frontale, parfois même un peu raide.
Un Dickens déplacé sur le terrain géopolitique
Au lieu d’un avare obsédé par l’argent, Rod Serling imagine Daniel Grudge, un industriel puissant campé par Sterling Hayden, tout juste sorti de Dr. Strangelove. Son vice n’est pas seulement l’égoïsme. C’est le repli national.
Face à son neveu, joué par un jeune Ben Gazzara, Grudge défend une Amérique isolationniste, hostile aux échanges avec les autres pays, et favorable à l’accumulation d’armes nucléaires pour tenir le reste du monde à distance. Le neveu plaide l’inverse, avec une idée simple, presque naïve si on veut, celle d’une communauté mondiale plus pacifique et d’un pays assez riche pour aider les autres.
Des fantômes moins féeriques que démonstratifs
Le film ne perd pas de temps. Ici, Marley n’est plus un associé, mais le fils de Grudge, tué pendant la Seconde Guerre mondiale. Et très vite, les visions commencent.
Le fantôme des Noëls passés, interprété par Steven Lawrence, renvoie Grudge au conflit mondial puis aux victimes du bombardement d’Hiroshima. Celui du présent, joué par Pat Hingle, lui montre des camps d’internement abusifs supervisés par les États-Unis, avant une dispute sur les programmes d’aide publique, que Grudge rejette au nom de l’autonomie individuelle.
Puis vient le futur. Robert Shaw incarne ce dernier guide et conduit Grudge dans un cauchemar post-apocalyptique dominé par The Imperial Me, un démagogue joué par Peter Sellers, qui entraîne sa tribu dans une campagne de meurtre et de terreur contre les autres. Le message, bon, n’a rien de subtil.
Pourquoi la critique a rejeté le film
C’est là que le téléfilm s’est cassé les dents. Rod Serling, pourtant brillant quand il glisse ses idées dans la fable avec The Twilight Zone, choisit ici le discours direct. Résultat ? Beaucoup ont vu un sermon plus qu’un récit.
Dans le New York Times, Jack Gould l’avait démoli en parlant d’un exercice prétentieux et épuisant, d’une incompétence bavarde, et de l’une des déceptions télévisées les plus affligeantes depuis plusieurs saisons. Pour lui, l’œuvre servait surtout de tribune, pas de divertissement.
Un objet très daté, mais révélateur de son époque
Le plus intéressant, aujourd’hui, c’est peut-être ce que ce téléfilm raconte de 1964. La peur de l’annihilation nucléaire, la montée de l’isolationnisme pendant la guerre froide, et une culture populaire de plus en plus traversée par les appels à la paix. On retrouve ça dans Dr. Strangelove, puis plus tard dans Star Trek ou chez le Plastic Ono Band avec Give Peace a Chance.
Et il y avait une fonction encore plus concrète. Le projet était aussi soutenu par l’Organisation des Nations unies, qui y voyait une manière de promouvoir son rôle et l’idée qu’un système international bien utilisé pouvait favoriser la paix mondiale. Le problème, clairement, c’est que la démonstration a souvent paru didactique au point d’éloigner le public. Le casting, lui, reste solide, avec Eva Marie Saint, Britt Ekland, Barbara Ann Teer et Percy Rodriguez. Le film est visible sur Tubi. Et il dit quelque chose de précieux, quand même, sur la manière dont la pop culture tente parfois de corriger le monde, quitte à forcer le trait.