Pee-wee Herman, d’échec comique à icône pop sur plusieurs décennies

Né d’un personnage volontairement raté, Pee-wee Herman a fini par marquer la télé, le cinéma et la pop culture, malgré une trajectoire bien plus heurtée qu’elle n’en a l’air.

Pee-wee's Big Adventure
Image d'illustration. Pee-wee's Big Adventure — Warner Bros. Pictures / PR-ADN

En bref

  • Pee-wee naît comme anti-comique chez les Groundlings
  • Le personnage explose entre HBO, CBS et le cinéma
  • Son héritage survit à une trajectoire très heurtée

Rater une audition peut parfois tout déclencher. Si Paul Reubens avait intégré Saturday Night Live, Pee-wee Herman n’aurait peut-être jamais pris cette ampleur, alors que le personnage était au départ construit sur une idée presque absurde, jouer un comique tellement mauvais qu’il en redevient drôle.

Un personnage pensé pour rater, puis impossible à oublier

Tout part en 1977 chez les Groundlings. Reubens y invente une figure nerveuse, incapable de réussir un simple numéro. Le public comprend d’emblée que ça ne va pas marcher, et c’est précisément là que le mécanisme devient comique.

Le personnage passe ensuite par The Dating Game, sans signal clair qu’il s’agit d’un numéro, puis s’étoffe dans un spectacle scénique très étrange, avec esthétique années 1950, marionnettes déchaînées et fantasme de présentateur télé-enfant voulant voler comme Superman. Son apparition dans Cheech and Chong’s Next Movie lui offre un vrai coup d’accélérateur. En 1981, HBO capte The Pee-wee Herman Show pour la télévision. Le personnage entre là dans la culture pop.

Le virage décisif entre late-night, cinéma et Saturday Night Live

Après ce succès scénique, Pee-wee s’invite plusieurs fois chez Late Night With David Letterman. Ce mélange de gêne, de faux ratage et d’énergie bizarre collait très bien à l’esprit de l’émission.

Avec Phil Hartman, autre ancien des Groundlings, Reubens écrit ensuite Pee-wee’s Big Adventure. Le choix du réalisateur compte énormément. Séduit par le court métrage Frankenweenie, Reubens confie le film à un cinéaste encore peu testé, Tim Burton, alors ancien animateur chez Disney. Le film sort en 1985. L’année suivante, Hartman rejoint SNL, avec Jan Hooks, aperçue dans le film.

De l’irrévérence du show original à l’icône familiale de CBS

Le passage sur CBS change la donne. Pee-wee’s Playhouse reprend l’univers du spectacle, mais en version plus familiale, avec davantage d’animation, des décors psychédéliques très détaillés et toute une galerie de personnages secondaires.

Le Pee-wee initial avait un côté un peu sale gosse, parfois grivois. La version télé devient surtout un grand enfant entouré de gadgets, d’amis excentriques et de marionnettes mémorables, de Cap’n Carl joué par Phil Hartman au King of Cartoons de William Marshall, sans oublier le Cowboy Curtis d’un jeune Laurence Fishburne. C’est ce visage-là que le grand public retient. Du coup, Big Top Pee-wee, en 1988, paraît plus bancal, surtout en voulant faire du personnage un héros romantique.

La collision entre personnage public et vie privée

Le problème, c’est que Reubens ne jouait presque jamais la sortie de rôle. Interviews, apparitions publiques, promo, tout passait par Pee-wee Herman. Le documentaire Pee-wee as Himself montrera plus tard qu’il cachait son homosexualité, persuadé que l’Amérique des années 1980 n’accepterait pas un entertainer pour enfants ouvertement gay.

En 1991, tout explose après son arrestation pour exhibition dans un cinéma pour adultes. Avec cheveux longs et barbe, il aurait pu passer inaperçu, mais il dit aux policiers « Je suis Pee-wee Herman ! ». Les rediffusions sautent, des parents décrochent, mais une partie du public plus âgé lui reste fidèle, ce qu’on voit quand Pee-wee est applaudi aux MTV Video Music Awards.

Et malgré tout, le personnage revient. Reubens continue à tourner, évoque pendant des années deux films Pee-wee, relance la scène en 2010, puis signe en 2016 Pee-wee’s Big Holiday sur Netflix, réalisé par John Lee. Mort d’un cancer en 2023, après des années de tabagisme caché, il laisse un héritage très concret, figurines NECA, édition Criterion de Pee-wee’s Big Adventure, hommages de comiques comme Chris Rock. Dans un paysage numérique lisse, ses mondes bricolés gardent un charme rare. Et ça, clairement, ça vieillit très bien.

Morgan Fromentin

Spécialiste Pop Culture

Depuis 2018, je décrypte l'actualité technologique ainsi que les dernières nouveautés cinéma et séries sur Begeek.fr.

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