En bref
- Netflix lance Narnia avec un préquel
- Greta Gerwig évite les livres déjà surexposés
- Le film glisse vers l’après-guerre britannique
Le vrai risque, avec Narnia, c’était de recommencer par les mêmes images. L’armoire, les Pevensie, Aslan, puis ce sentiment de déjà-vu qui colle vite aux franchises. Netflix a choisi l’option inverse en lançant son nouveau cycle avec Le Neveu du magicien, confié à Greta Gerwig. Et ce n’est pas un détail.
Revenir à Narnia sans repasser par la même porte
Depuis la publication de The Lion, the Witch and the Wardrobe en 1950, Narnia a beaucoup circulé. À la télévision d’abord, avec des versions diffusées en 1967, 1979 et 1988. Sur scène ensuite, notamment à Londres entre les années 1980 et les années 2000. Puis au cinéma, avec les films produits par Disney et Walden Media, ceux dont pas mal de spectateurs se souviennent encore.
Le problème, c’est que ces adaptations revenaient presque toujours aux mêmes romans, ceux des enfants Pevensie : The Lion, the Witch and the Wardrobe, Prince Caspian et The Voyage of the Dawn Treader. Dans ce dernier, Lucy comprend même qu’en quittant Narnia, elle ne pourra plus y revenir. Résultat, ce cycle semblait clos.
Un préquel plus étrange, et moins balisé
Le Neveu du magicien devait déjà être adapté après The Voyage of the Dawn Treader, avant qu’un contrat arrivé à échéance avec la succession Lewis bloque le projet. L’accord signé en 2018 entre Netflix et la société C.
S. Lewis a relancé la machine, avec ce roman en tête de pont.
Ce choix change le décor, littéralement. Le livre suit Diggory et Polly, passe par le Bois entre les mondes et par Charn, un univers détruit par Jadis, future Sorcière blanche. Ici, la magie ne passe pas par une armoire, mais par des anneaux et des portails. Et l’ensemble paraît plus proche du réel, avec peu d’animaux parlants. Meryl Streep a pourtant été choisie pour incarner Aslan, preuve que la figure centrale du monde sera bien là, même si elle occupe peu de place dans le roman.
Le pari de l’époque déplacée
Autre écart important, le temps. Les romans ont été publiés dans les années 1950, mais leur action se déroule plus tôt, et les Pevensie sont envoyés loin de Londres à cause du Blitz pendant la Seconde Guerre mondiale. En tant que préquel, Le Neveu du magicien devrait même remonter encore davantage.
Mais Greta Gerwig a confirmé un autre choix, une Grande-Bretagne d’après-guerre. Ce décalage ouvre la porte à l’influence revendiquée du rock britannique des années 1960 et 1970. Elle décrit d’ailleurs Narnia comme un monde fait de musique. Bon, sur le papier, c’est assez intrigant, surtout pour un récit censé précéder l’intervention d’Aslan.
Un film autonome, mais pensé pour durer
Le bon calcul est peut-être là. Parce que ce préquel tient debout seul tout en préparant la suite. L’annonce de 2023 liait déjà Greta Gerwig à deux films écrits et réalisés par elle.
Le premier est donc connu. Pour le second, rien n’est confirmé. Une piste circule avec The Horse and His Boy, récit plus autonome situé pendant le règne des Pevensie. Sinon, Gerwig devra tôt ou tard revenir vers un terrain plus familier. La différence, cette fois, c’est qu’elle aura d’abord installé sa propre couleur. Et pour une franchise qui a longtemps tourné autour des mêmes portes, ce n’est pas rien.