Critique Street Fighter : un Hadouken de nostalgie qui manque encore de maîtrise

Après une adaptation live-action dont on préfère parfois oublier l’existence, Street Fighter revient au cinéma avec une ambition très claire : enfin ressembler au jeu vidéo. Plus fidèle, coloré et généreux en références, le film de Kitao Sakurai comprend beaucoup mieux ce qui fait le charme de la licence de Capcom. Mais entre un scénario brouillon, un humour inégal et un tournoi qui passe presque au second plan, ce nouveau challenger est encore loin du perfect.

Street Fighter
Image d'illustration. Street Fighter — Capcom / PR-ADN

Notre avis

Note finale

6/10

Street Fighter se regarde avec plaisir grâce à son univers assumé, ses nombreux personnages et surtout ses excellents passages en animation. Mais le tournoi manque d'ampleur, certains combattants sont beaucoup trop peu exploités et l'humour très présent finit par lisser l'ensemble. Une première manche encourageante, mais on attend clairement davantage de combats et d'action pour une éventuelle suite.

Notes

  • Notre note6/10

Avantages

  • Les excellents passages en animation
  • Une adaptation qui assume enfin l'univers de Street Fighter
  • Quelques combats particulièrement efficaces

Inconvénients

  • Un tournoi trop peu exploité
  • Des personnages beaucoup trop inégalement développés
  • Pas assez d'action pour un film Street Fighter

Adapter Street Fighter au cinéma n’est finalement pas un exercice aussi simple qu’il en a l’air. Sur le papier, il suffirait presque de réunir une poignée de combattants emblématiques, d’organiser un tournoi et de les laisser se mettre joyeusement sur la figure pendant deux heures.

Ce nouveau Street Fighter choisit une voie un peu plus compliquée, en essayant de raconter les histoires de plusieurs personnages tout en construisant son tournoi et une intrigue plus globale. Le résultat est sympathique, parfois même très réussi, mais surtout terriblement inégal.

Un tournoi qui manque de combats

C’est probablement le principal problème du film : pour une adaptation de Street Fighter, on aurait aimé voir beaucoup plus de Street Fighting. Le tournoi est bien présent, mais il ne donne jamais vraiment l’impression d’être le cœur du film. Certains affrontements fonctionnent très bien tandis que d’autres passent beaucoup trop vite, et le temps accordé aux différents combattants varie énormément.

Guile (porté par Cody Rhodes) en est sans doute l’un des meilleurs exemples. Le personnage fonctionne, possède évidemment tout le potentiel nécessaire pour proposer des séquences mémorables, mais on ressort avec la sensation de ne pas en avoir vu suffisamment. C’est également valable pour une partie du casting. Street Fighter veut réunir énormément de personnages connus des joueurs, quitte à ne pouvoir consacrer que quelques minutes à certains d’entre eux. Reconnaître une nouvelle tête fait toujours plaisir, mais encore faut-il lui laisser le temps d’exister.

Les séquences animées sont presque trop réussies

La vraie excellente surprise vient finalement des flashbacks en animation. Le film abandonne ponctuellement ses acteurs pour une esthétique directement inspirée des animés, et ces passages fonctionnent remarquablement bien. Les affrontements y gagnent en dynamisme, les pouvoirs paraissent beaucoup plus naturels et l’univers de Street Fighter semble presque immédiatement plus à l’aise.

À tel point qu’une question finit forcément par se poser : pourquoi ne pas avoir fait tout le film comme ça ? Sans forcément remettre en cause le choix du live-action, ces séquences montrent à quel point l’animation correspond naturellement à l’exagération permanente de Street Fighter. Les attaques impossibles, les silhouettes caricaturales et les combats spectaculaires peuvent s’y exprimer sans aucune contrainte. Le retour aux acteurs réels semble parfois presque sage en comparaison.

L’humour Marvel n’était peut-être pas nécessaire

Street Fighter n’a évidemment jamais été une licence connue pour la profondeur vertigineuse de son scénario. On vient avant tout pour les personnages, les affrontements et les attaques emblématiques. Le film a donc raison de ne pas chercher à devenir inutilement sérieux.

En revanche, il tombe régulièrement dans une forme d’humour devenue extrêmement familière dans les blockbusters modernes : une blague, une petite remarque ou une punchline viennent presque systématiquement désamorcer les situations. Difficile de ne pas penser à la recette Marvel.

Cela rend l’ensemble relativement facile à regarder, mais aussi beaucoup plus insipide. Street Fighter possède pourtant suffisamment de personnalité pour ne pas avoir besoin de reproduire ce type de mécanique. L’humour fonctionne d’autant moins que certains personnages sont déjà naturellement complètement absurdes. Et le passage du jeu vidéo au live-action ne leur rend pas toujours service, pour ne pas citer Blanka…

Certains personnages passent difficilement l’épreuve du live-action

Street Fighter n’a jamais fait dans la sobriété. Entre les coiffures improbables, les musculatures démesurées, les tenues extravagantes et les combattants capables d’envoyer des boules d’énergie avec leurs mains, la licence repose en grande partie sur son côté outrancier. Le film assume heureusement cet héritage. Mais assumer ne signifie pas forcément réussir.

Certains personnages passent étonnamment bien à l’écran, tandis que d’autres deviennent franchement ridicules dès qu’ils quittent le jeu vidéo. Cela participe parfois au charme volontairement kitsch du film, mais certaines apparitions donnent davantage envie de rire du personnage que de rire avec lui. C’est aussi là que les séquences animées montrent leur intérêt : ce qui peut sembler complètement naturel dans un dessin animé devient immédiatement beaucoup plus délicat avec un acteur maquillé devant une caméra.

Une première manche avant le véritable combat ?

Malgré tout, difficile de passer un mauvais moment devant Street Fighter. Le film connaît son public, multiplie les références et ne cherche jamais à cacher qu’il adapte un jeu vidéo de combat. Il possède également suffisamment de bonnes idées pour donner envie de voir cette nouvelle version de l’univers continuer.

Et la fin ouvre très clairement la porte à une suite. Pourquoi pas.

La base est là, les personnages sont installés et l’univers possède largement de quoi alimenter plusieurs films. Mais maintenant que les présentations sont faites, un éventuel Street Fighter 2 devra surtout accélérer. Moins de détours, moins de vannes automatiques et surtout beaucoup plus de combats.

Verdict

Ce nouveau Street Fighter est une adaptation sympathique mais frustrante. Il comprend plutôt bien l’univers de Capcom et ose enfin en assumer les éléments les plus improbables, mais son immense casting se retourne parfois contre lui. Le tournoi manque d’ampleur, plusieurs personnages sont à peine exploités et l’humour omniprésent lui donne par moments des airs de blockbuster Marvel générique.

Le paradoxe est que les meilleures scènes sont peut-être les flashbacks animés, suffisamment réussis pour donner envie de voir un film Street Fighter entièrement construit de cette manière. Cette première tentative n’est donc pas un K.-O., mais elle donne tout de même envie d’une revanche.

Si une suite voit le jour, on signe volontiers. À une condition : cette fois, laissez-les vraiment se battre.

Hadrien Miche

Spécialiste Pop Culture

Rédacteur sur Begeek.fr depuis 2009, avec une expertise en cybersécurité et en tests de produits high-tech.

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