Godzilla Minus Zero peut corriger le vieux raté du MonsterVerse

Le retour possible de King Ghidorah relance un vrai sujet. Cette fois, le duel le plus attendu de Godzilla pourrait enfin être lisible.

Godzilla Minus Zero
Image d'illustration. Godzilla Minus Zero — Toho Studios / PR-ADN

En bref

  • Le duel de 2019 restait brouillon
  • Takashi Yamazaki filme ses monstres en pleine lumière
  • L’IMAX peut forcer plus de clarté

Le vrai passif à corriger n’est pas narratif, il est visuel. Quand Godzilla a affronté King Ghidorah dans Godzilla: King of the Monsters en 2019, pas mal de spectateurs sont surtout sortis avec une question assez simple, qu’est-ce qu’on venait exactement de voir ?

Le combat de 2019 a laissé un goût étrange

Sur le papier, le film de Michael Dougherty alignait le duel le plus lourd de la saga. Dans les faits, il le plaçait de nuit, sous la pluie, en pleine tempête à Boston. Même logique ailleurs, avec Rodan noyé dans les cendres volcaniques ou une première confrontation presque avalée par le blizzard.

Résultat ? Des monstres énormes, mais pas toujours lisibles. Le score de 42% sur Rotten Tomatoes, le plus bas du MonsterVerse, ne s’explique pas seulement par l’histoire. Une partie du problème venait clairement de l’image.

Ce n’était pas un accident, c’était un choix

Et c’est là que le sujet devient plus intéressant. Lawrence Sher, directeur photo du film, expliquait que l’équipe avait besoin d’un éclairage interactif pour représenter les tempêtes, puisque l’essentiel du film s’y déroulait, y compris les combats de monstres.

Michael Dougherty, lui, assumait une image moins propre, plus sombre, avec plus d’ombres et d’éclairs de lumière. Il disait craindre qu’avec le numérique, « l’image devienne trop propre et parfaite tout le temps ». Même filiation du côté du film de 2014, où Seamus McGarvey décrivait des créatures « montrées de façon elliptique, plongées dans l’atmosphère et aperçues dans des éclairs, plutôt qu’éclairées parfaitement et présentées frontalement ».

Bref, la confusion venait d’une esthétique assumée. Simplement poussée trop loin.

Le MonsterVerse a déjà changé de méthode

Deux ans plus tard, Godzilla vs. Kong a presque fait machine arrière. Combat d’ouverture en plein jour sur l’océan, affrontement vedette dans un Hong Kong saturé de néons, silhouettes nettes, lecture immédiate. Le film a décroché 75% sur Rotten Tomatoes et un A au CinemaScore, la meilleure note de sortie de la série.

Puis Godzilla x Kong a poursuivi dans cette voie, avec la lumière du Hollow Earth. Son 54% critique a davantage visé l’écriture que la visibilité. En gros, la franchise américaine a déjà admis que le vieux réglage ne marchait plus.

Yamazaki a déjà prouvé qu’il filme autrement

Le contre-exemple existe déjà, et il est solide. Godzilla Minus One, signé Takashi Yamazaki, affiche 99% sur Rotten Tomatoes et a remporté en mars 2024 l’Oscar des effets visuels, une première pour le personnage en soixante-dix ans.

Ce film n’esquive pas son monstre. Après une séquence nocturne sur l’île d’Odo, l’attaque de Ginza se déroule en plein après-midi, sur une rue bondée, avec un Godzilla vu clairement de la queue au visage. Le final en mer, lui aussi, joue la carte du jour. Yamazaki réalisait, écrivait et supervisait déjà les effets. Il reprend les trois postes sur Godzilla Minus Zero.

L’IMAX change la donne, ou expose les limites

Cette fois, le film est aussi le premier long-métrage japonais tourné en Filmed For IMAX, avec certaines séquences en format 1.43:1. C’est un cadre immense, peu indulgent, qui récompense les plans tenus et la lecture de l’échelle. Couper vite dans la pénombre, sur une telle toile, c’est surtout le meilleur moyen de fatiguer le public.

Takashi Yamazaki résumait son intention ainsi, « Godzilla devient Godzilla quand on le vit dans une salle de cinéma ». Ça ne garantit rien, évidemment. Mais entre ce choix technique, son précédent film et ce que laisse entendre la bande-annonce du 8 septembre, avec ce grondement associé à King Ghidorah, la fenêtre est là. Sortie au Japon le 3 novembre, puis en Amérique du Nord le 6. Et derrière le duel, il y a plus qu’un fan service, une question de mise en scène que le genre traîne depuis 2019.

Morgan Fromentin

Spécialiste Pop Culture

Depuis 2018, je décrypte l'actualité technologique ainsi que les dernières nouveautés cinéma et séries sur Begeek.fr.

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